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André Billy à Barbizon

BARBIZON

André Billy dans la vallée de Josaphat
par Michel DÉCAUDIN
(extrait)

Une de nos premières rencontres avait été organisée par Robert Carlier, alors responsable du Club du meilleur livre, pour lequel il m’avait demandé de faire une édition de Calligrammes. « Il faut en parler à Billy », m’avait-il dit, et j’avais volontiers accepté, tout en sachant que le vieil ami d’Apollinaire appréciait peu ses innovations poétiques.

Voilà comment nous nous trouvâmes un soir tous trois dans un petit restaurant de la place de la Bastille, aujourd’hui disparu. C’est notre invité, gourmet raffiné, qui présida à la composition du menu. Mais le plaisir de la conversation, animée et passionnante, prit facilement le pas sur la gastronomie. L’académicien Goncourt, le chroniqueur du Figaro passait allègrement du dernier potin parisien à la mémoire d’Apollinaire et de l’avant-guerre – celle de 1914. Jusqu’à ce qu’un regard sur l’horloge le fît s’écrier : « Mon dernier train ! » et s’élancer, nous le suivant, vers la gare de la ligne de Saint-Germain, qu’a aujourd’hui remplacée l’Opéra de la Bastille. Il grimpa à la dernière minute dans le dernier wagon et nous le vîmes, penché à la fenêtre, alors que son train s’éloignait sur le viaduc – aujourd’hui converti en « trouée verte » – qui longe l’avenue Daumesnil.

Il rentrait à Barbizon, à La Chevrette, « sa vraie demeure » comme l’a dit Maurice Genevoix, pour laquelle il avait quitté son appartement parisien.

Il avait cependant été Parisien dans l’âme, cet enfant de Saint-Quentin, cadet d’un an d’André Salmon, de deux d’Apollinaire, ses complices en bohème et en journalisme. À leur différence il n’était pas poète, et ses débuts d’écrivain furent ceux d’un romancier, avec Bénoni en 1907, vocation à laquelle il resta fidèle puisqu’en 1954 encore il publie Madame.

Mais sa véritable voie était ailleurs. Journaliste, il le fut tout au long de sa carrière, depuis les quotidiens d’avant 1914 ouverts à la littérature et aux arts, où il tint rubriques et échos, particulièrement à Paris-Midi, jusqu’à l’Œuvre, à laquelle il collabora de nombreuses années, et surtout, après la dernière guerre, au Figaro littéraire avec des « Propos du samedi » où, de semaine

en semaine pendant plus de vingt ans, l’actualité le conduisait à évoquer un passé toujours haut en couleurs.

Romancier préférant l’analyse des caractères à l’observation, chroniqueur de son temps, il en est facilement venu à la biographie. Diderot, dont l’esprit universel et l’audace de pensée le séduisaient, l’a d’abord attiré. De Sainte-Beuve il éclaira le drame psychologique et sonda l’œuvre critique. Les romanciers du XIXe siècle enfin, Balzac, Stendhal – son « cher Stendhal » –, Mérimée, les Goncourt (académie oblige !) l’ont retenu, ainsi que la romantique Hortense Allart et ses nombreuses aventures amoureuses. Mais Apollinaire est celui dont il aura le plus constamment entretenu ses lecteurs, depuis cet Apollinaire vivant de 1923 – que certains, Aragon le premier, trouvèrent trop anecdotique – jusqu’à l’Avec Apollinaire de 1966 et diverses chroniques publiées l’année même de sa mort.

C’est à Barbizon, en bordure de forêt de Fontainebleau, qu’il écrivit ses grandes biographies, ses souvenirs, ses chroniques hebdomadaires et ses ouvrages les Beaux jours de Barbizon et Fontainebleau, délice des poètes, où il célébra le destin artistique et littéraire de son pays d’adoption. Armand Lanoux a évoqué avec beaucoup de finesse et de sensibilité le pacte qui, selon lui, liait aux arbres et aux forêts celui qui fut pendant treize ans président des Amis de la forêt de Fontainebleau :

« Je revois André Billy beaucoup plus dans le cadre de cette forêt dont il était le frontalier et quelque peu le garde forestier honoraire que dans les rues d’un Paris ou les traboules d’un Lyon que, pourtant, il aimait d’une curiosité de gastronome des plats et des bouquins.

[…]

Extrait de l’ouvrage La Seine-et-Marne des écrivains (c) Alexandrines, 2015

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