Jean Vautrin à Bègles

BÈGLES

Jean Vautrin, tribun de Gironde,
par Christian Merlette
(extrait)

Pendant la campagne des élections régionales d’Aquitaine en 1992, j’ignorais encore que Jean Vautrin, dans le quinté de tête sur la liste que conduisait Noël Mamère, était l’auteur de Billy ze Kick dont je m’étais régalé vingt ans plus tôt, parmi les Spillane, Goodis, Dard et autres, à même hauteur. Je ne connaissais rien non plus de sa littérature mais ses mots, ses écrits, son « lever de coude » et son coup de fourchette me parlaient déjà. Qu’il ait eu le Goncourt ne m’impressionnait guère, moi qui, comme lui, découvrais le dedans du monde politique et venais de quitter la musarde des bars dans les rouleaux de la côte, la pêche au flambeau par les nuits calmes d’automne et la « traille » de la sole dans les baïnes lisses, entre Porge et Petit Crohot. Nous avions décidé d’une campagne joyeuse ; elle fut mieux, rabelaisienne et dionysiaque par la mise au point d’une série de dîners-débats thématiques qui nous amenaient loin et nous ramenaient tard. Le plus mémorable reste celui qui se déroula chez Roger Boussinot, l’ami de Jean, à l’Auberge du Pont Doré, à Pondaurat, 33190, 361 habitants, longitude – ­0.0833330, latitude 44.5499992, un kilomètre de Puybarban et deux de Floudès. Roger – un autre écrivain de Gironde et non des moindres – était alors maire de Pondaurat où nous fîmes honneur aux mets riches, aux bouteilles prêtes, pendant que l’autre liste d’écolos, les Verts d’alors, devaient se la jouer macrobio dans un bar cosy de Bordeaux. Devant moi, tout au long de la soirée, Vautrin se découvrait à mesure que son teint rosissait. Mais sa parole était claire, ses positions sur la culture de proximité affûtées sauf vers la fin où aucun d’entre nous ne l’était plus, à quatre ou cinq heures du matin, sous la boule multicolore et scintillante que Boussinot avait fait spécialement allumer pour nous dans ce qu’il appelait son bureau mais qui était, en fait, l’arrière-salle de nuit de l’Auberge du Pont Doré. Défiant les lois de la géographie, c’est pourtant Belin-Béliet qui fut déclaré point culminant de cette campagne en Gironde.

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