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Armand Lanoux de Chelles à Champs-sur-Marne

DE CHELLES À CHAMPS-SUR-MARNE

Armand Lanoux, entre Sylvie et les rhinoceros
par Christian de BARTILLAT
(extrait)

Armand Lanoux, que j’ai bien connu avec son charme gouailleur et son sourire en coin, est natif ou presque de Chelles, une cité qui se trouve à la limite nord-ouest de la Seine-et-Marne, qui avait cinq mille habitants au début du siècle dernier et dix fois plus à la fin. Il nous dit lui-même : « Les Rhinocéros [les HLM] campent non loin de mes fenêtres… Ils se sont installés là, je ne sais plus quand. Le matin, éclairés par le levant, ils se dressent livides. Ils ont troué d’inquiétude mon paysage familier. Leur calme puissance me fait penser à la force des glaciers, apparemment immobiles comme eux… Je guette lentement leur progression. Qu’en dirait Hugo, qui aimait ces lieux :

J’aime Chelles et ses cressonnières
Et le doux tic-tac de ses moulins

Les Rhinocéros n’ont l’air de rien… Longtemps j’ai cru que je pourrais leur échapper. Maintenant je sais leur victoire inévitable. » Et Armand Lanoux finit par quitter les lieux qu’il aimait pour habiter sa nouvelle demeure,  « Écoute s’il pleut », à Champs-sur-Marne.

À ces Rhinocéros, Armand Lanoux oppose leur douce ennemie, Sylvie, qui représente « l’île de France » : « “Moi je m’appelle Sylvie, dit-elle. Mon parrain est Gérard de Nerval. Comme mon prénom l’indique, je suis fille de la forêt, cette couronne verte qui entoure Paris… Je suis très vieille : j’ai dix-huit ans depuis l’an mille.” Sylvie, c’est l’héroïne même de ce pays qui traîne sur les bords de la Marne les perruques charmantes des saules, de ce pays de lierre et de trèfle. Cette Marne paresseuse qui roule capricieuse et indomptée entre ses îles mortes… »

« Il y a plus de quarante ans que j’habite Chelles, ajoute Lanoux, dans une conférence prononcée le 12 avril 1957 à la Société archéologique et historique de cette ville. Toute l’histoire occidentale semble s’y dérouler. » En effet, Chelles est la capitale de la préhistoire. C’est là que l’abbé Bonno découvrit dans les ballastières les restes des « monstres de l’époque chellienne ». Il suffit de monter sur la « Montagne », de cinquante mètres, pour découvrir le dessin original de cette Marne où venaient boire les éléphants, où fut assassiné Chilpéric, sanglant roi de cartes, roi rouge, et qui est la frange extrême de la bataille de la Marne arrêtée à vingt kilomètres du fort de Chelles, clé de Paris.

Nous sommes cousins très proches… de ce mouchoir de poche, île des Français, et nos compagnies de tireurs à l’arc allaient, il n’y a pas si longtemps encore, rendre solennellement le bouquet non seulement à Othis chez Gérard de Nerval, à Ermenonville, à Dammartin, mais ici même. Corot dirait, en outre, que pour goûter les paysages où nous vivons, « il faut au moins la patience d’attendre que la brume se lève ».

[…]

 

Extrait de l’ouvrage La  Seine-et-Marne des écrivains, (c) Alexandrines, 2015.

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