La frette-sur-seine Roger Ikor

La Frette-sur-Seine

Le bonheur de Roger Ikor
par Jean Aubert
(extrait)

 

 

En 1951 Roger Ikor s’installe à La Frette, au 143 bis, rue de Pontoise. Je l’ai rencontré aussitôt, il venait de publier A travers nos déserts.

Ce fils d’une famille juive, lituanien par son père, polonais par sa mère, avait été reçu à l’agrégation de grammaire à l’âge de vingt-quatre ans. Cette intégration à la culture française ne devait jamais lui faire oublier son héritage familial, qui expliquera son engagement au sein de groupements et d’associations comme la licra.

Roger Ikor habite la rue de Pontoise jusqu’en 1957. Puis, ayant été couronné par le prix Goncourt en 1955 pour Les Eaux mêlées, il achète une vigne sur la colline d’en face, rue Alexandre-Dumas, et y fait construire une maison sans toit aux nombreuses fenêtres d’où l’on découvrait un large panorama.

Il était devenu frettois, et son épouse conseillère municipale. Il allait à Paris donner ses cours et voyageait beaucoup. René Chollet, le maire du village, était son ami. Il se promenait du côté d’Herblay en pantoufles de drap, à moins que ce ne fût en grosses chaussures de paysan, et il allait ainsi jusqu’au marché, à la banque, à la Maison de la presse. Il aimait cela. La simplicité rustique.

C’est à La Frette qu’il écrivit, à la plume, la presque totalité de ses ouvrages. Il rédigea beaucoup d’articles qu’il donnait régulièrement à l’hebdomadaire de la sfio, dont son ami Guy Mollet était alors le principal rédacteur. Période mouvementée mais féconde. Il écrit Les Fils d’Avrom, ouvrage semi-biographique en deux tomes où, à travers l’histoire de l’assimilation d’une famille polonaise dans la communauté française , il traite les problèmes de l’émigration.  C’est le second tome que les jurés du Goncourt devaient primer en 1955.

Des événements malheureux se succédèrent dans la vie de Roger Ikor : un incident cardiaque l’obligea à ralentir ses activités et à limiter ses promenades ; il perdit sa femme ; enfin, son jeune fils de vingt ans, Vincent, devint adepte d’une secte macrobiotique : il ne mangeait plus que des céréales, très peu de légumes et de fruits. Une véritable ascèse dont il mourut.

Roger Ikor n’eut alors de cesse de combattre. C’est au nom de Vincent «assassiné pour rien, au nom des jeunes morts, morts pour rien» qu’il porta plainte devant l’opinion publique. Il fondit, avec d’autres hommes meurtris, le Centre de documentation, d’éducation et d’action contre les manipulations mentales, qui est encore aujourd’hui de toutes les luttes. On comprend mieux alors le titre de son livre Je porte plainte. Il y dénonce l’aveuglement des pouvoirs publics et appelle à la dissolution des sectes.  Dans le même élan, il critique avec violence «une société démissionnaire qui a renoncé à motiver et éduquer ses enfants, un monde déshumanisé poussant les jeunes à se réfugier dans des parodies de vie spirituelle». Sa vie n’avait plus de sens que par cette lutte. Il disait : «C’est l’indulgence à l’égard des sectes qui me paraît excessive, pire, dangereuse.» Son autre grand combat fut celui qu’il mena pour la défense des minorités. En 1988, il écrit Peut-on être juif aujourd’hui ?, roman d’anticipation dont le dernier chapitre est censé se dérouler en 2167. Il annonce un retour à la foi originelle dans les communautés juives.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Val-d’Oise, sur les pas des écrivains, Alexandrines, avril 1999

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