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Paul Vimereu à Lanchères

LANCHERES

Paul Vimereu, l’écrivain des Bas-Champs,
par Henri Heinemann
(extrait)

A quoi tiennent les choses et la gloire littéraire ! En 1921, « Le Rire du Vilain » manque d’une voix le Goncourt. La chance ne repassera pas deux fois les plats. L’auteur éconduit, l’admirateur d’Heredia et de Carco, l’ami de jeunesse de Pergaud, le médecin qui se cache derrière le pseudonyme de Vimereu  un peu de Vimeu, un peu de Vimereux  publie en 1927 « Chutt le Hutteux » et suscite l’admiration de Maurice Genevoix. L’auteur de Raboliot écrit : « Par votre chasseur, par vous, c’est toute la vie de Haurière et d’Hermerie, les marais aux mille plantes, la mer et le ciel qui deviennent accessibles et proches où je me sentais plonger. » Depuis, si le roman conserve en Picardie son prestige, si les lecteurs demeurent nombreux, il faut reconnaître que sa notoriété franchit peu les frontières de la province. Alcide, dit Gambette (on pense au chevalier gambette, ce limicole), dit Criniu, dit le Pied-Rouge, dit Chutt, n’a rien à envier au Lebrac de Pergaud, au Raboliot de Genevoix : ce sont des caractères.

Il est temps d’approcher du pays de Chutt le Hutteux. Si vous tirez un cordeau entre St Valery-sur-Somme, charmante cité nichée au fond de baie, et Ault, bourg dominant la mer, vous suivez la falaise morte que prolonge, mangée par les vagues, la falaise vive. Entre le cordeau et la digue de galets qui diverge, s’étend un triangle de terres d’alluvions molles (d’où le nom de « mollières » qui se lit sur la carte), veinées de canaux étroits ou « courses », et parsemées d’étangs naturels et de mares creusées par l’homme. Entre le bourg côtier de Cayeux au nord-ouest, et celui de Lanchères, dans les terres, c’est le pays des Bas-Champs. Un paradis pour les chasseurs, surtout au début du siècle dernier.

Ici, l’on est chasseur de père en fils. Enfant, on est porte-carnier ; jeune adulte on prend son permis ; un peu chanceux, on acquiert une hutte, semi-enterrée dans une butte, au bord du marais, permettant de s’abriter de longues heures et de guetter, fusil un peu au-dessus de l’eau, tout ce qui passe de plumes au ciel ou se pose entre les roseaux.

Cette tradition de l’affût, ici, est aussi ancienne que les premières armes à feu. Il faut savoir que les Bas-Champs occupent une place idéale dans la trajectoire d’oiseaux qui descendent vers le sud aux premiers frimas, remontent vers le nord aux premières tiédeurs. Plus de trois cents espèces pour lesquelles la baie est une gare de triage. Qu’on dispose d’un gabion en bord de mer, d’une hutte, plus en retrait, en dur et inamovible, c’est l’environnement qui importe, une mare peu profonde, cernée d’herbes, de roseaux et non pas d’arbres qui gênent l’atterrissage. Les victimes, ce seront les « becs plats », essentiellement les canards : cols verts, pilets, vignons, tadornes, bécassines.

[…]
Extrait de l’ouvrage : Balade dans la Somme, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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