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Pierre Abélard au Pallet

Le PALLET

Pierre Abélard où les dangers de la liberté
par Guy Lobrichon
(extrait)

En 1131, ou deux, trois années plus tard, Pierre Abélard se souvient. Il reconstitue sa vie, non pour le bonheur de l’autocélébration, mais pour l’exposer, en faire l’argument d’une conversion. Il habille son égo-histoire en exemple, car, dit-il, « rien n’est plus efficace pour éveiller ou calmer les émotions humaines ». Il se pose ainsi en « exemple », sans fausse honte, à l’adresse d’un « ami » si évanescent qu’il en est douteux. Et comment ne pas croire les accents d’un pareil monstre de vanité ? « Je te raconterai les malheurs que j’ai connus, afin que tu comprennes que tes épreuves ne sont rien. » Tu ne connais rien, ce que tu vis ne vaut rien au regard de ce que je suis, je te console, écoute-moi. N’est-il pas touchant, à défaut de convaincre ? Qui en effet se laissera prendre au piège d’une relation à ce point inégale ? Pierre se pose en figure universelle : le monde tourne autour de lui. De l’autobiographie à la fiction littéraire, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Pierre compose l’Histoire de mes malheurs et, débarrassé de cet aveu tendre pour lui-même, il peut répondre à son épouse qui le presse de questions.

Un couple donc, marié. Trois lettres de la femme, quatre lettres du mari, pas une de plus, sauf à admettre l’authenticité des « Lettres des deux amants » et leur attribution aux deux époux. Commence la pérégrination d’une correspondance sans pareille. Deux individus à la personnalité de cristal y explorent des voies nouvelles, défient le monde contemporain, tout en s’apaisant l’un l’autre. Le couple s’est donné le mariage, vers 1117-1118. Et les voici, dans les deux années qui suivent, l’une moniale, l’autre moine. Un enfant quelque part – au nom scientifique et rarissime d’Astrolabe (celui qui, à l’instar de l’instrument astronomique, donne les clés du ciel), une provocation de plus à l’endroit des usages qui favorisent alors les noms chrétiens, et une réputation indéniable qui éclate, se répand dans le nord du royaume de France au cours de la décennie 1131-1141.

Extrait de l’ouvrage : Balade en Loire-Atlantique, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2009

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