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Jacques Amyot à Melun

MELUN

Jacques Amyot, un homme illustre de la Renaissance
par Jean-Eudes GIROT
(extrait)

Lorsqu’en 1584 François de La Croix du Maine publie sa Bibliothèque françoise consacrée aux écrivains de son temps, il explique dans la notice consacrée à Amyot que « la renommée de ce personnage est tellement épandue, non seulement par la France, mais en tous les autres lieux où notre langue française a cours, qu’il a emporté la gloire du plus savant et fidèle traduc- teur des œuvres de ce divin et tant renommé Plutarque et des autres œuvres qu’il a traduites des auteurs grecs en notre langue française ; ce que mêmement ont été contraints d’avouer ceux qui par autre part ne lui sont pas amis ».

Comme on le comprend par ce témoignage, Jacques Amyot eut le rare bonheur de voir son mérite reconnu par ses contemporains. Pourtant, si les événements marquants de sa vie sont assez bien connus, il n’en va pas de même des premières années de celui qui, futur évêque d’Auxerre, devait connaître la gloire comme traducteur de Plutarque. Né à Melun le 30 octobre 1513, baptisé dans l’église de Saint-Aspais, Jacques Amyot est le fils de Nicolas et de Marie Lamour. Les mauvaises plumes prétendent que le père de Jacques exerçait la profession de boucher – c’est Brantôme qui l’affirme –, de corroyeur ou de mercier. Nicolas était probablement marchand mégissier et transformait les peaux des animaux de boucherie en cuir destiné à diverses industries ; on sait qu’il fabriquait et vendait des bourses et des aiguillettes et demeurait, écrit l’un des premiers biographes d’Amyot, « en une petite maisonnette, sise vis-à-vis de Saint-Aspais, en la grand-rue par laquelle on va au pont de Melun ».

Cette humble origine rend d’autant plus éclatante l’ascension sociale du jeune homme, même s’il faut se garder de voir en lui l’équivalent d’un personnage de Balzac : être artisan mégissier dans une ville comme Melun qui, au début du XVIe siècle, comptait environ quatre mille âmes, c’était travailler dans une région aisée qui bénéficiait en outre du voisinage de Paris, débouché économique appréciable. La ville était donc prospère, comme en témoignent les nombreux établissements religieux présents à l’époque. L’église Saint-Aspais, paroisse de Jacques Amyot, fut ainsi entièrement reconstruite entre 1468 et 1560.

À partir de 1530, Jacques Amyot quitta Melun pour s’inscrire à l’université de Paris, où il devint maître ès arts en 1532. La légende veut que le jeune homme ait été si pauvre qu’il devait travailler, le soir, à la lueur des charbons, et que sa mère lui faisait parvenir du pain par l’entremise des bateliers de Melun. La réalité est moins sombre. Jacques Amyot dut certes, comme d’autres humanistes issus de famille peu aisée, se faire le « domestique », c’est-à-dire le précepteur ou le répétiteur d’un camarade plus riche ; pour autant, la chose n’avait rien de déshonorant, et elle permit au jeune homme de suivre les cours des meilleurs enseignants. François Ier venait de fonder le Collège royal, futur Collège de France, et les étudiants se prenaient de passion pour l’étude de la langue grecque, « sans laquelle c’est honte qu’une personne se dise savante » écrivait Gargantua à son fils Pantagruel dans le roman consacré à ce dernier, publié justement en 1532. Plus tard, sous le règne de Charles IX, Jacques Amyot deviendrait responsable de cette prestigieuse institution.

En 1534 commença sa carrière de précepteur, fonction qui lui permit de se rapprocher de la cour. Ces années-là, il traduisit en français des textes grecs, et c’est pour l’encourager à poursuivre la traduction des Vies parallèles de Plutarque que, le 18 mars 1547, soit quelques jours avant sa mort, François Ier le nomma abbé de Bellozane, lui assurant de la sorte une indépendance financière dont devait profiter notre humaniste. Dès lors, la voie était toute tracée, et Jacques Amyot, après l’indispensable voyage en Italie, devint précepteur des futurs rois Charles IX et Henri III puis, en 1560, grand aumônier de France et conseiller d’État, avant de devenir, en 1570, évêque d’Auxerre, charge qu’il occupera avec un dévouement plutôt rare à l’époque. La fin de sa vie fut assombrie par les dissensions religieuses qui l’opposèrent à ses administrés et qui finirent par le ruiner. Sa fortune à la cour ne lui fit cependant pas renier ses origines puisque, sa vie durant, il donna des témoignages de sa sollicitude à son frère puîné Jean, à ses sœurs et à ses neveux, qu’il aida dans la mesure de ses moyens, montrant par là qu’il n’avait pas oublié les membres de sa famille qui vivaient à Melun.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage La Seine-et-Marne des écrivains (c) Alexandrines, 2015

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