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Jacques Boucher de Perthes à Abbeville

ABBEVILLE

Jacques Boucher de Perthes, père de la préhistoire et écrivain au talent méconnu
par Roger Agache
(extrait)

J’avais dépassé de quelques mois ma quinzième année, lorsque le 20 février 1804, en me mettant à table pour dîner, je trouvai sous ma serviette une lettre à mon adresse. Je l’ouvris. Elle était de M. Collin, l’un des régisseurs généraux des douanes : il m’annonçait que j’étais nommé commis de mon père, à douze cents francs d’appointements.

Je reçus cette nouvelle assez froidement, et plutôt comme une nécessité à laquelle il fallait me soumettre que comme une grâce qu’on m’octroyait. Ce fut avec la même indifférence que, le lendemain, je fis mon entrée sérieuse et définitive dans les bureaux de la direction.

Cette direction qui remplaçait celle d’Amiens, supprimée en 1791, avait été créée pour mon père qui était en ce moment dans une sorte de faveur. Occupé de sa flore de Picardie, il s’était attaché à sa résidence d’Abbeville, où il était visité par toutes les sommités de la science. Messieurs de la Marck, de Lhéritier, de Candolle, Joseph Banks, de Courset, Arthur Young, Lamouroux, de Lauzé, avaient choisi notre maison pour leur quartier général d’herborisation, à cause du voisinage des forêts d’Eu, de Crécy, et des dunes de Marquenterre, localités peu explorées alors et riches en plantes non décrites. Ces savants en amenaient d’autres :Bichat, Cuvier, Al. Brongniart, Cordier, de Blainville, Jomard, etc., tous amis de mon père, et qui devinrent, plus tard, les miens.

Ayant une belle fortune, une belle habitation, mon père ne voulut aucune place qui l’éloignât de ses amis et de ses plantes chéries, et renonçant pour toujours aux hauts emplois, il s’est contenté de celui qu’il avait, ne se laissant porter qu’aux dignités municipales et aux fonctions gratuites dont il s’est acquitté, pendant quarante sept ans, avec un zèle aussi actif qu’éclairé. […]

Ce ne fut  qu’en 1825 que M. de Villèle, allié à ma famille et alors ministre, d’accord avec mon père, m’engagea à prendre cette même place qui, convoitée sans cesse par de nombreux concurrents pouvait […] être perdue pour ma famille.

Je n’ai certainement pas à me plaindre ; mon avancement administratif a été des plus rapides[…] Je crois avoir partout rempli avec exactitude mes fonctions de chef et d’employé ; eh bien :elles m’ont toujours été pénibles, d’abord par instinct et préjugé peut-être, et parce que notre système de douanes m’a paru contraire à l’intérêt des masses et au progrès de la civilisation.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade dans la Somme, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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