Anatole France à Saint-Cyr-sur-Loire

SAINT-CYR-SUR-LOIRE

Anatole France à la Béchellerie

par Michel Aubouin

 

Quand il s’éteint, le 12 octobre 1924, dans sa jolie maison du Val de Loire, Anatole France est un homme respecté et célèbre, qui vient de fêter ses quatre-vingts ans. Trois années plus tôt, on lui a remis le prix Nobel, pour l’ensemble de son œuvre. Pour une génération d’artistes et d’écrivains, il demeure « le Maître ».

La demeure s’appelle la Béchellerie. C’est une maison de maître qui tient un peu de la gentilhommière, plantée entre prairies et bois, un havre champêtre qui domine la charmante vallée de la Choisille, sur la commune de Saint-Cyr-sur-Loire. Un nommé Beschel, paraît-il, l’a fait édifier au début du xviie siècle. C’est dire si elle a eu le temps de prendre cette patine qui va si bien à l’amateur d’histoire ancienne.

Anatole France a acheté la propriété dix années plus tôt, en 1914, année funeste pour tous ceux qui croyaient encore à la paix entre les hommes. Depuis, il l’a beaucoup agrandie. Il l’a aménagée avec le soin méticuleux d’un collectionneur. Dans la chapelle, il a fait une bibliothèque où trônent les reliures les plus rares. Il n’oublie pas que son père fut bouquiniste, sur un quai parisien. Il a planté les arbres du parc et deux magnolias qui font l’admiration des visiteurs. Des gens importants font le voyage de Paris pour le voir : le sculpteur Bourdelle, le peintre Van Dongen, l’écrivain Courteline, le jeune Sacha Guitry. Des hommes politiques y viennent aussi quelquefois, dont le radical Joseph Cailleaux. L’ami Jean Jaurès y viendrait sans doute s’il était encore de ce monde. « Je n’ai pas trouvé d’endroit qui convient mieux au climat de mon cœur », écrit le vieillard à ses correspondants. Parfois, on voit sa Panhard Levassor rouge, que conduit son chauffeur, quitter la cour de gravillons. Monsieur France va humer l’air paisible et odorant de la Touraine. Chaque jour, des dizaines de curieux se massent derrière les grilles, qui tentent d’apercevoir le grand homme. Ils le reconnaissent quelquefois à sa longue barbe blanche, revêtu d’une robe de chambre de moire rouge, calotte sur la tête, faisant quelques pas sur le perron…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en région Centre, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2013.

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