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Emmanuel Looten à Bergues

BERGUES

Emmanuel Looten, un Parisien de Bergues,
par Catherine DE BOEL
(extrait)

Bergues, au cœur de la Flandre maritime, rattachée à la France seulement par le traité d’Aix-la-Chapelle, a vu naître en 1908 et enterrer en 1974 le poète Emmanuel Looten. Lui qui revendiquait l’enracinement dans une culture flamande voire celtique porte bien son nom, puisqu’en néerlandais « loot » signifie au sens propre le rejet d’une plante, au sens figuré le descendant.

Où retrouver Emmanuel Looten dans « Berg-Sint-Winox » comme s’appela Bergues en flamand jusqu’en 1667 ? Pas au musée de la ville, qui ne fait place qu’au député Lamartine qui par ses attaches familiales se trouva élu de la localité de 1833 à 1839. Pour Looten, pas de carrière politique ; quant à sa carrière littéraire, elle relève d’une avant-garde de l’époque et n’est pas de nature à conquérir facilement le public de Bergues. Pourtant en 1969, une exposition tenue au Mont-de-Piété qui abrite le musée, lui rend hommage sans le séparer de ses amis du Nord, les peintres Arthur Van Hecke et André Dourdin, sous le titre 85 œuvres poétiques d’Emmanuel Looten. Dans ce bel édifice de style flamand en briques et pierres, au pignon baroque, sont exposés deux superbes livres d’artiste, Hepta (1962) et Terre de 13 ciels (1965). Le second évoque la Flandre à travers les textes d’Emmanuel Looten et les planches lithographiées par chacun des deux artistes.

Bergues, ville aux briques de sable retranchée à l’abri de ses fortifications médiévales, nous guide sur les traces du poète : au cœur de Bergues, dans la rue Espagnole, tout près de l’Hôtel de Ville, derrière les murs discrets de la propriété familiale, une tour attenante à une maison où l’écrivain nocturne jetait ses poèmes et son âme au papier ; puis à la limite de la ville, en bordure des eaux pacifiques de La Colme, le restaurant « Au pont tournant » qu’il fréquentait volontiers pour y déguster sans doute quelque anguille au vert ou quelque Pot’je vlesch, avec sa colossale gourmandise. Ses œuvres y sont encore, sur l’étagère de la salle de brasserie, proposées à la lecture du passant, au milieu des dessins animaliers de Léon Danchin. Tout près, au coin des rues Jean Mermoz et Léon Claeys, une salle polyvalente inaugurée sous son nom en 1987 est le seul indice officiel, bien impersonnel, de la fierté de Bergues d’avoir eu Looten comme citoyen. Son neveu Philippe Looten reste le témoin vivant d’une création littéraire à jets continus jusqu’à la mort et le lecteur privilégié des textes de son oncle qui les lui confiait parfois au petit matin, après une nuit de bataille avec lui-même et les mots.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage :Balade dans le Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2005

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