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Robet Mallet à Bray-Les-Mareuil

BRAY-LES-MAREUIL

L’ultime rencontre avec un homme de lettres, Robet Mallet
par Henri Heinemann
(extrait)

Lorsque venant de Beauvais et approchant d’Abbeville, vous descendez sur Liercourt , il vous faut tourner à gauche, poursuivre la lèvre sud du sillon creusé par la Somme au cours des millénaires. Le fleuve côtier, né aux confins de l’Avesnois, se disperse, ici et là, en étangs et marais où abondent poisson et gibier aquatique, tout en ménageant de riches terres propices aux cultures, aux herbages, aux pommeraies, aux bosquets. A gauche, la route longe le flanc du plateau que plus loin, pompeusement, on appelle « monts Caubert ». Voici bientôt le village de Bray-lès-Mareuil. Bray, vieille toponymie d’un pays humide.

Nous pourrions arriver chez les Mallet en montant, derrière l’église, par une rue à forte pente ; nous préférerons dépasser le village, puis pénétrer dans un bois magnifique d’une cinquantaine d’hectares. Empruntons un chemin sinueux plus ou moins bien empierré, en pente affirmée, à travers la haute splendeur des chênes et de hêtres, véritable cathédrale tapissée de feuilles mortes. Il arrive qu’une double haie de sapins accompagne notre ascension. Le ciel réapparaît, et la demeure, au loin.

L’hôte et son épouse nous accueillent, nous franchissons un couloir pour accéder à la terrasse ceinte d’une corniche. Quelle vue ! Comment un poète n’en rêverait-il pas ? Six marches et nous nous retrouvons de plain-pied avec un espace de graviers orné de quatre vasques fleuries que limite un arc de cercle lui aussi fleuri entre deux ifs pointus. Y croissent asters et marguerites, roses, fuchsias et lavatères. Au-delà, le pré d’où dévale la forêt.

On me pardonnera cette longue description : il importait de situer le lieu où vient de plus en plus se ressourcer l’homme attaché à la terre et aux horizons picards qu’ont connus avant lui plusieurs générations de Mallet. Claudel avait Brangues, Gide Cuverville, Martin du Gard le Tertre. Lui, c’est Bray. Longtemps il s’est promené dans le parc, sécateur à la  main, taillant les rosiers, égalisant le feuillage modelé d’un if, ce qui ne l’empêche ni de songer, ni d’écrire dans sa tête. Paris, les hauts lieux universitaires et littéraires, les voyages innombrables, certes. Mais Bray, pour respirer, pour méditer, pour être.

Plusieurs générations, ai-je dit, ont ici précédé Robert Mallet. Le grand-père, avoué, le père, avocat et élu local. Du reste, l’attachement à la terre picarde pourrait se prolonger. N’était-ce pas un petit-fils qui dévoila l’inscription « Bibliothèque Municipale Robert Mallet » lors de la consécration de cette bibliothèque à l’écrivain ? Peut-on imaginer plus bel hommage que de voir associer au nom d’un  homme de lettres un temple du livre ?.

Epris de sa terre, écoutons ce qu’il a dit lui-même dans L’espace d’une fenêtre,[1] en un poème né à Bray :

« C’est vrai, je suis d’un pays de craie
qu’éventre un sillon noir…
… c’est vrai que j’aime
les tendresses d’humus collées à mes semelles
plus lourdes »

Semelles. Tiens ! Rimbaud, cet autre provincial.

[…]
Extrait de l’ouvrage : Balade dans la Somme, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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