Montesquieu à La Brède

LA BRÈDE

De vignes en livres : une vie,
par Catherine Volpilhac-Auger
(extrait)

Nul écrivain, jusqu’à Mauriac peut-être, ne fut plus bordelais que Montesquieu. Ni plus parisien, d’ailleurs. Lui qui naquit au château de La Brède, qui se plut à l’embellir mais avant tout à y vivre, savait aussi que Paris est, ou plutôt se croit le centre du monde ; ses amis étaient bien souvent parisiens – et l’amitié comptait tant pour lui… Toute sa vie, il équilibra l’un par l’autre. En Bordelais, le baron de La Brède et de Montesquieu trouvait la tranquillité nécessaire à l’élaboration de ses œuvres et fréquentait une société choisie qui savait le conseiller. À Paris, les salons et les cercles les plus renommés se le disputaient. Il y trouvait l’émulation intellectuelle, le brillant et le piquant, le mouvement incessant jusqu’à donner le tournis, comme le montrent ses Lettres persanes : les petits marquis, les faiseurs de nouvelles, les mondains, tout occupés de bavardages et des caprices de la mode, ou les spéculateurs sordides qui amassent des fortunes. Il lui fallait pour mieux en rire revenir à sa source, ce château qu’il appelle « gothique » pour ne pas le dire « bizarre », au milieu des prés et des forêts, dans le calme d’une campagne où on le prenait parfois, dit-on, pour un des paysans du lieu…

Né d’une famille noble en 1689, il passe ses premières années au château et au village de La Brède, loin de Bordeaux (moins de cinq lieues, dix-huit kilomètres d’aujourd’hui !) : toute sa vie il restera très profondément attaché à ce domaine et à ses vignobles. La Brède, c’est lui-même. D’ailleurs, quand il part de 1700 à 1705 pour recevoir une éducation soignée chez les Oratoriens de Juilly, au nord de Paris, ne l’appelle-t-on pas « M. de La Brède » ? Destiné par tradition familiale à entrer au parlement de Guyenne, il s’y prépare en suivant des études de droit. Mais la faculté de Bordeaux est en plein déclin, et il doit continuer sa formation à Paris de 1710 à 1713, jusqu’à la mort de son père, avant même qu’à celle de son oncle il n’hérite de la charge de président à mortier (1716). Désormais il rendra la justice au nom du roi, mais au sein d’un corps chargé de veiller au respect des lois fondamentales du royaume. Cette position constitue une des clés du personnage : non pas un simple propriétaire ou un nobliau de province, mais un représentant du pouvoir central, auquel il doit savoir s’opposer si nécessaire. Et l’héritier d’une noblesse qui doit fidélité au roi, pour mieux le rappeler à ses devoirs.

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