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L’académie de Caen

CAEN

L’Académie de Caen de Segrais à Senghor : une histoire des belles Lettres.
par Bernard BECK
(extrait)

« Ce pays est très beau, écrit Mme de Sévigné à sa fille Mme de Grignan le 5 mai 1689, et Caen la plus jolie ville, la plus avenante, la plus gaie, la mieux située, les plus belles rues, les plus beaux bâtiments, les plus belles églises ; des prairies, des promenades et enfin la source de tous nos plus beaux esprits… »

La ville est en effet une vieille cité universitaire qui possède aussi depuis 1652 la plus ancienne Académie de province, fondée dix-sept ans seulement après l’Académie française par Jacques Moisant de Brieux, fils d’un drapier protestant et ancien conseiller au Parlement de Metz.

« C’est une vieille coutume à Caen que les honnêtes gens sans employ s’assemblent en quelque place pour se voir et s’entretenir des affaires publiques et des leurs particulières. Caen a retenu constamment cet usage de temps immémorial, et le carrefour Saint-Pierre a toujours été le lieu de ce rendez-vous. Le concours y étoit plus grand au lundy, jour auquel la poste apportoit les lettres du dehors et la gazette. Plusieurs personnes curieuses se trouvant dans cette place pour avoir le plaisir de cette lecture, et la rigueur du temps les incommodant quelquefois, M. de Brieux, qui étoit de leur nombre, leur offrit sa maison située dans la même place. On l’accepta et la commodité du lieu faisoit qu’après la lecture de la gazette et le débit des nouvelles, on passoit volontiers à des conversations savantes, au grand plaisir et même au grand profit de tous les assistants. On résolut d’en faire une compagnie réglée. On prit les permissions des supérieurs. Le lieu fut fixé dans cette même maison de M. de Brieux (le bel hôtel Renaissance de Nicolas Le Valois d’Escoville), et le temps fut marqué le lundy au soir depuis cinq heures jusqu’à sept. » (Pierre-Daniel Huet, Les origines de la ville de Caen, 1702).

Moisant réunit autour de lui les meilleurs esprits du temps : Huet, évêque d’Avranches et précepteur du dauphin, Graindorge, médecin et fondateur d’une académie de physique qui fusionnera avec la compagnie lettrée de l’hôtel d’Escoville, Samuel Bochart, pasteur et savant universel, parlant douze langues (dont l’hébreu, l’arabe et le persan), auteur d’une monumentale Géographie sacrée et d’un Hierozoïcon recensant tous les animaux de l’histoire sainte, Segrais enfin.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans le Calvados, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2004

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