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CHARENTON-LE-PONT, SAINT-MAURICE Sade

CHARENTON-LE-PONT, SAINT-MAURICE

Sade, notre voisin d’autrefois
par Françoise BOSMAN
(extrait)

 

En 1766, le marquis de Sade s’installe dans une maison louée à Arcueil. C’est là que tout commence : le libertinage non dissimulé, la rumeur de débauche qui s’enfle dans tout Paris.

La vie de Sade, l’amoureux de théâtre, se révèle être une succession de coups de théâtre.

Né le 2 juin 1740, descendant de la puissante famille des princes de Condé par sa mère et d’une vieille famille de nobles provençaux par son père, Louis Aldonze Donatien (déclaré par erreur Donatien Alphonse François) est élevé par les Jésuites à Louis-le-Grand.

Son père le marie contre son gré à une riche héritière. Dès lors, Donatien donnera libre cours à ses

sentiments et à ses penchants. Une réputation sulfureuse et même sanglante ne le quittera plus, et sa vie ne  sera plus qu’une succession de méprises et d’incompréhensions, tant dans sa vie réelle qu’à propos de sa création littéraire.

Dès les premiers scandales en 1763, la police surveille ses allées et venues. Le libertin a commencé d’écrire : la police veut l’homme et les papiers. Poursuites, perquisitions, condamnation à mort par contumace (1772) commuée en emprisonnement (1778), cavales et évasions ne cesseront plus. De plus en plus, l’écriture va remplacer l’absence tragique de liberté : l’écrivain se forge dans l’enfermement et le dénuement affectif total. La région Est de Paris l’agrippe définitivement. Prisonnier au fort de Vincennes à partir de 1777, il est embastillé de 1784 à 1789, interné un mois à Bicêtre le 14 mars 1803, puis à la maison de santé de Charenton1 jusqu’à sa mort le 2 décembre 1814.

Sade est un homme sans visage : aucun portrait n’est parvenu jusqu’à nous. Pourtant, le prix payé pour l’enfermement total est connu : accès de colère, crises de jalousie, idées fixes, ennui mortel, calculs rénaux, quasicécité, embonpoint, migraines, crises de goutte.

Seule l’écriture permet d’échapper à l’univers carcéral et délivre son esprit. Il faudra deux siècles pour comprendre qu’au-delà du libertinage des jeunes années, très conforme aux moeurs de son temps, le scandaleux marquis est bien ce qu’il avait toujours proclamé être : un homme de lettres, ainsi que le montrera pour la première fois maître Maurice Garçon lors de sa retentissante plaidoirie de 1956 en faveur de l’éditeur Jean-Jacques Pauvert poursuivi en correctionnelle pour avoir édité les oeuvres de Sade, un ensemble de contes, pièces de théâtre, écrits politiques, écrits philosophiques, écrits pornographiques et une prodigieuse correspondance.

Socialement modéré, Sade s’immerge pourtant dans la Révolution française : il devient président de la section des Piques, commissaire pour les hôpitaux, rapporteur pour le changement des noms de rues, rédige Idée sur le mode de la sanction des lois, déclame le 9 octobre 1793 l’hommage de Marat assassiné, Discours sur les mânes de Marat et de Le Pelletier.

Mais Sade l’irréductible n’aime pas Robespierre l’incorruptible. Les méprises continuent : son nom est inscrit par erreur sur la liste des émigrés des Bouches-du-Rhône, puis du Vaucluse. Sade, qui n’a jamais quitté la région parisienne, sera accusé d’avoir émigré puis d’être rentré illégalement en France. Fouquier-Tinville le fera incarcérer le 27 juillet 1794 pour «modérantisme», intelligences et correspondances avec les ennemis de la République, propos privés antirépublicains. C’est la fameuse dernière charrette pour l’échafaud. On cherche Sade aux Madelonnettes, il est à Picpus. En face du nom Aldonze Sade, le greffier inscrit : «absent». Sade échappe à la guillotine. Le lendemain, Robespierre tombe. Sade se retrouve libre le 15 octobre 1794 jusqu’en 1801, date à laquelle la police de Bonaparte l’arrête chez son imprimeur.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Val-de-Marne, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2002

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