Colette à Châtillon-Coligny

CHÂTILLON-COLIGNY

Colette, un écrivain en devenir à Châtillon-Coligny

par Françoise Giraudet

 

« Jamais je n’évoque froidement Châtillon-Coligny »

 

Cette ville du Loiret n’est pas sans importance dans le parcours de Gabrielle Colette. Sa mère, Sidonie, à la mort de son premier mari, Jules Robineau-Duclos, épouse en secondes noces le capitaine Jules Colette et jouit de l’usufruit de la succession. Mais lors du mariage de sa fille née du premier lit, Juliette, le mari de celle-ci demande les comptes de tutelle. Le partage peu avantageux rend les ressources de la famille Colette insuffisantes d’autant que Sidonie aime le luxe et fait de fréquents séjours à Paris et à Bruxelles. En raison d’une gestion peut-être hasardeuse, les dettes s’accumulent et Sidonie, pour être « loin du coup de sonnette importun, loin de l’anxieux fournisseur impayé, loin des voix cauteleuses », n’entrevoit qu’une issue, abandonner Saint-Sauveur : « On ne parla que de nous, on fit queue le matin à la boucherie de Léonore pour y rencontrer ma mère et la contraindre à livrer un peu d’elle-même », raconte Colette. Lors d’une vente mobilière volontaire pour cause de départ, mobilier, linge et bijoux sont dispersés mais la maison reste la propriété d’Achille, l’aîné.

Ce n’est qu’en novembre 1891 que les Colette quittent la rue de l’Hospice pour Châtillon-sur-Loing. Gabrielle et ses parents s’installent 9, rue de l’Égalité où vivent ses frères Achille, médecin et Léo, clerc de notaire. Ceux-ci déménagent au 20, rue de l’Église. Jules Colette y tient un débit de tabac, s’implique dans la vie locale et écrit des poèmes patriotiques. Dans Le Long chat, une nouvelle de Broderie ancienne, Colette écrit : « Quand nous rejoignîmes mon frère aîné dans le Loiret, nous emportâmes la chatte préférée et le Long-chat. Tous deux parurent souffrir beaucoup moins que moi de troquer une belle maison contre un petit logis, le vaste enclos natal contre un jardin étroit. » Cette installation signe pour Gabrielle la fin du paradis perdu et l’adieu à sa vie de sauvageonne dans les prés et les bois. L’adolescente en nourrit de la nostalgie pour « la maison sonore, sèche, craquante comme un pain chaud ; le jardin, le village… »…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en région Centre, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2013.

 


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