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Jules Mousseron à Denain

DENAIN

Jules Mousseron et la ville-feumière,
par Jacques LANDRECIES
(extrait)

Le Nord-Pas-de-Calais a vu se développer au cours du xxe siècle une littérature corporatiste de la mine en picard, seul cas d’une littérature populaire d’envergure à la fois ouvrière et dialectale en France. Denain, la « ville feumière », peut s’enorgueillir d’avoir donné le jour au chef de file et initiateur de cette production, Jules Mousseron.

Le patronyme Mousseron relève des pratiques malicieuses de l’Assistance publique de l’époque : le père était un enfant trouvé sur le trottoir parisien, envoyé ensuite à Denain pour y être mineur. C’est là que vient au monde le petit Jules, le 1er janvier 1868, au Plat Coron. Il y connaît une enfance pauvre mais non dépourvue d’affection et descend à la fosse Renard pour la première fois le 2 janvier 1880 : il aimait à souligner avec humour cette première journée de travail esquivée grâce au hasard d’une date d’anniversaire ! Après deux années de relative tranquillité comme galibot, commence la difficile ascension vers la qualification d’« ouvrier-mineur », c’est-à-dire d’homme de l’abattage. Au cours de sa carrière, Mousseron occupera successivement les postes de « r’léveux à terre », « freinteux », « déballeux d’balle », « demi-hierscheux », « hierscheux », « méneu d’quévau », « hierscheux d’coupe », « ouvrier-mineur », « raccomodeux ». Alors qu’il n’est encore que galibot, son père tombe gravement malade et meurt : le voilà à 15 ans seul soutien de sa mère. C’est alors la lutte permanente pour éviter de justesse la misère…

Cela ne l’empêche pourtant pas, dans sa dix-septième année, de commencer à fréquenter les cours du soir : il y contracte le fameux « vice impuni » et son existence en est bouleversée. C’est aussi l’âge des rencontres décisives : un camarade de lectures, Jean-Baptiste Blotteau, lui présente une cousine qui devient aussitôt l’unique amour de sa vie. C’est pour elle qu’il écrit ses premiers vers (des sonnets symbolistes !) publiés à compte d’auteur dans de petites revues littéraires pour la jeunesse. Appelé au 43e RI à Lille, il est réformé au bout de deux ans pour mauvaise constitution. Peu après son retour, il est invité chez André Jurénil, un lettré denaisien avec qui il va nouer une belle amitié. Et c’est Jurénil qui va lui suggérer de passer au patois.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage :Balade dans le Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2005

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