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Jacques Duquesne à Dunkerque

De DUNKERQUE au CAREMBAULT

J’aime le Nord,
par Jacques Duquesne
(extrait)

Peut-être faut-il avoir quitté le Nord pour mesurer la force des liens qui nous y ramènent ? J’écrirais presque que cette région est comme le bonheur : on ne sait son prix que lorsqu’on l’a perdu.

Ce fut mon cas. Les hasards professionnels et autres m’ont amené très tôt à Paris. Je m’y suis trouvé bien, j’y ai rencontré mon épouse, je me suis fait des amis. Mais j’appartiens au Nord, je l’ai souvent écrit, comme l’aube appartient à la terre. J’y reviens souvent. J’y ai situé la plupart de mes romans.

Ce n’est pas un hasard. On ignore trop combien cette région fut, demeure, féconde en œuvres littéraires. Depuis les trouvères, si nombreux, presque ignorés. Jusqu’à Marguerite Yourcenar. En passant par… Robespierre, poète avant de devenir pourvoyeur de guillotine, Albert Samain, Verhaeren, Maxence Van der Meersch, prix Goncourt et Grand prix du roman de l’Académie française, trop oublié, et tant d’autres. En annexant au passage Hugo et Zola qui trouva chez nous matière à l’un de ses plus grands romans.

Ce n’est pas un hasard. Parce que cette région est riche en humanité. En histoires et en Histoire qui disent l’effort, les joies, les amours et les drames des hommes. Et des femmes : Michelet disait que chez nous, « une femme vaut un homme et parfois deux », compliment
–  j’écrirais plutôt « constat » –, rare en son temps.

C’est que nous sommes métissés. On n’est pas envahi à longueur de siècles sans que ne  se mêlent des sangs de tous les ailleurs. Ainsi suis-je à la fois de Flandre et d’Artois. Je suis capable de comprendre, et parfois d’utiliser, des expressions flamandes, mais aussi celles du patois que l’on parle en Carembault, petit territoire du sud de Lille, qui appartient au département du Nord mais jouxte les mines du Pas-de-Calais. C’est là que travaillait « à l’ fosse de Carvin » mon grand-père. Voici un siècle, il faisait des kilomètres à pied, matin et soir, pour aller s’enfoncer dans la terre : la mine lui permettait de gagner un franc de plus, chaque jour, qu’il n’en eût reçu dans une filature, ou dans une de ces petites savonneries, nombreuses du côté de Seclin ou d’Annœullin. Son épouse venait des Flandres, de la côte. J’ai même une aïeule belge, née de père et mère inconnus. Une aïeule en forme de question. Bref, mon arbre généalogique étire ses racines un peu partout. Et je ne suis pas le seul.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage :Balade dans le Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2005

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