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Pierre Herbart à Dunkerque

DUNKERQUE

Le Nord comme Arcadie : Pierre Herbart,
par Claude GILLET
(extrait)

Pierre Herbart est un homme du Nord, parce que, né à Dunkerque, il passa son enfance et son adolescence d’abord dans sa ville natale, puis à Malo-les-Bains, et aussi parce qu’il apparaissait tel à ses proches, comme M. Saint-Clair (pseudonyme de Maria Van Rysselberghe, la célèbre « petite dame » du cercle gidien) : « Nettement du Nord, pourrait être anglais sans cette physionomie vive toute pénétrée d’intelligence et de sensibilité apparentes qui le fait tellement français ».

Gide lui-même, quand il témoigne de sa bouleversante première rencontre avec Herbart, « Lafcadio incarné » (selon un titre du Monde), dresse un profil septentrional du « beau jeune homme blond » : « Il se dégage évidemment de lui une poésie particulière, il a un regard de Lorelei, des yeux d’algue, des yeux marins enfoncés, des gestes d’une grande noblesse, il est d’une maigreur ascétique, comme passé au papier de verre ». Philippe Berthier prolonge et confirme cette vision : « Herbart est un Nordiste. C’est le plat pays, dur, chaleureux, qui l’a formé, avec l’horizontalité à perte de vue et de vie, la convocation de l’illimité ».

L’autobiographie constitue la trame des deux textes assumés comme tels : La Ligne de force (1958), où Herbart relate, avec une lucidité désenchantée, les grands combats auxquels il participa : anticolonialisme, communisme, Guerre d’Espagne, Résistance, et Souvenirs imaginaires (1968), où il revient sur son enfance et son adolescence, tout en prenant ses distances avec la stricte autobiographie, comme le titre l’indique.

Son grand-père, Léon Herbart, armateur et assureur maritime, présida deux fois la Chambre de Commerce de Dunkerque. Son père « officiel », Maurice, un des sept enfants de Léon, poursuivit d’abord la tradition familiale en étant courtier d’assurances maritimes ; il épousa en 1897 Eugénie, qui donna naissance en 1903 à Pierre, dont le père biologique était un agent maritime danois. La vie du jeune Herbart se trouva totalement modifiée, quand il avait cinq ans, par la décision de son père « adoptif » de quitter les grandes familles auxquelles il appartenait pour devenir, pendant quinze ans… clochard itinérant et ne faire que quelques apparitions à Dunkerque, durant lesquelles il mendiait auprès de ses anciens amis et faisait scandale. L’errance de ce « faux » père, auquel Herbart resta profondément attaché, comme le montre son émotion à l’annonce de sa mort, et l’absence du « deuxième » père, devenu dans le monde imaginaire de l’enfant un personnage quasi mythologique, ont évidemment façonné la personnalité d’Herbart et expliquent sans doute son constant besoin de voyages. Après le départ de Maurice, Pierre, qui fit ses études à l’école primaire communale, puis au Lycée Jean-Bart, vécut aux côtés de sa mère, avec laquelle il entretint un rapport fort et ambigu : elle se montrait à la fois aimante et indifférente, présente (le prenant souvent avec elle dans son lit) et absente, sévère et tolérante (en particulier lors de son premier amour homosexuel).

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Extrait de l’ouvrage :Balade dans le Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2005

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