Jacques Vendroux à Fagnon

FAGNON

Au château de Sept-Fontaines : Charles de Gaulle et Jacques Vendroux,
par Michel MARCQ
(extrait)

Le château de Sept-Fontaines ! Nous en ignorions jusqu’à l’existence lorsque Jacques Vendroux nous le révéla, mieux ! nous en ouvrit les portes, en 1974, avec la parution chez Plon du premier tome de ses mémoires longuement intitulé Cette chance que j’ai eue … Souvenirs de famille et journal politique. Il nous apprenait que Charles de Gaulle et sa femme Yvonne, née Vendroux, avaient séjourné là souvent, entre 1921 et la veille de la seconde guerre mondiale. Quelque travail à faire sur les liens unissant Charles de Gaulle au Nord et à l’Est de la France, nous avait conduit à ce texte où nous trouvâmes non seulement un bonheur d’historien mais, plus profondément, un vrai bonheur de lecteur. Pour l’historien, l’ouvrage apportait sur Charles et les siens, un trésor d’informations faisant enfin pénétrer dans une intimité jalousement préservée, sans que jamais cependant le mémorialiste ne dépassât les limites que d’autres ont depuis, allègrement franchies. De ce premier tome, particulièrement de ses évocations de Sept-Fontaines à l’époque des Vendroux et du couple Yvonne Vendroux-Charles de Gaulle, montait un parfum de paradis perdu. Sous la plume du beau-frère du « plus illustre des Français » ce domaine n’allait pas sans rappeler celui du Grand Meaulnes.

C’est ce que nous éprouvâmes quelques années plus tard, en nous rendant à Fagnon, en grimpant la côte menant à la vieille demeure reprise aux Forest par les Vendroux en 1912, et par eux quittée en 1980. Après la mort de Jean Vendroux, survenue en 1956, , sa femme Madeleine et leur fils Yves avaient maintenu l’exploitation agricole et conservé le château dont ils avaient été amenés vingt-quatre ans plus tard, à se séparer.

Aux arbres du parc comme à ceux des bois, la fin de l’été avait donné un coup de sombre, conférant au paysage la sourde tonalité des anciennes « verdures » d’Audenarde et de Bruxelles où biches et molosses courent dans la nuit des temps et de la tenture. Volets clos, ardoises envolées, le château où de Gaulle avait travaillé à la Discorde chez l’ennemi et, semble-t-il aussi, au Fil de l’épée, avait désespérance de navire échoué. Mélancolique beauté qui nous aidait à pénétrer celle des pages où Jacques Vendroux disait, de ce même lieu, les enfances heureuses, les plaisirs enchapeautés de paille et les bouquets de moissons. Une porte étant ouverte, nous vîmes aux pieds-droits d’une cheminée deux chapiteaux provenant de l’abbaye royale de Sept-Fontaines fondée là en 1129 et sculptés d’un souverain jaillissement de végétaux stylisés. Ce jour là, Sept-Fontaines nous empoigna l’âme.

Nous y fûmes à nouveau pour une photographie à prendre, au printemps de 1988. On avait de fin 1985 à fin 1986, passé le plumeau et le pinceau : le château était devenu hôtel confortable et la chambre de Charles de Gaulle était à 700 F et celle de Guillaume II à 500 F … Le parc n’avait pas véritablement changé encore mais on nous parla d’un golf et nous nous empressâmes, depuis le bas de la pente, de fixer sur la pellicule la façade, non sans avoir prié une jolie Valérie en blanc tablier d’occuper, tout en cueillant des marguerites, le premier plan.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans les Ardennes, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2004.

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