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Jean Lorrain à Fécamp

FÉCAMP

Jean Lorrain, portrait d’un décadent,
par Éric Walbecq
(extrait)

« Ce qui me manque ici, ce qui fait la détresse et le désespoir de mes horizons, ce sont ces vergues et ces mâts que mes yeux ne retrouvent plus et qui m’étaient là-bas choses familières. Oh ! ce petit port de pêche de mon enfance, où je me suis tant ennuyé cependant, les yeux toujours tournés vers Paris ou ailleurs, comme il emplissait mes prunelles et mon cœur ! Comme j’aimais ses quais empuantis et grouillants avec ses barils de saumure, ses harengs en tonne et ses bateaux de pêche […]. Ça sentait le départ, le rêve et l’éternelle aventure : le soir une gaîté formidable de marins en bordée roulait par les rues, une odeur d’alcool et de sel vous prenait à la gorge, et, derrière de lourdes portes entrebâillées, sur des seuils glissants, du fond de tous les couloirs humides des bas quartiers, montait un bruit de grosses voix, de gros baisers et de grosses bottes qui me versait la joie et la santé au cœur. »

Ce court extrait du conte de Lorrain « Le visionnaire » date de 1895. À cette date, il y a bien longtemps que le romancier n’a plus mis les pieds dans la ville qui l’a vu naître le 9 août 1855. Il meurt à Paris le 30 juin 1906, mais c’est à Fécamp qu’il sera enterré quelques jours plus tard. Il est le fils unique d’un couple assez peu uni. Le père, armateur, solide Normand, n’hésite pas à en découdre sur le port. Sa mère représente plutôt la douceur, elle donne à son fils ses premières émotions littéraires dont il se souviendra d’ailleurs dans plusieurs de ses contes. Il passe toute son enfance dans la grande maison bourgeoise face au port. Il joue souvent sur la côte de la Vierge, sise juste derrière son habitation. Là, il retrouve Hervé de Maupassant,  frère de Guy. Tous deux se bagarrent dans le grenier de la maison. Un peu plus âgé, il fréquente Caroline Commanville, la nièce adorée de Flaubert, qui vient rendre visite aux Lepoittevin, eux aussi voisins sur la même côte de la Vierge. Mais bien vite, la capitale l’appelle. Il se sait poète, publie ses premiers vers en 1882 chez l’éditeur Lemerre, n’a de cesse de faire des allers-retours entre Paris et la Normandie avant de s’installer presque définitivement dans la capitale. En 1886, il publie l’un de ses meilleurs romans, Très russe, dans lequel il malmène son compatriote Guy de Maupassant. Ce dernier le provoque en duel, lequel n’a pas lieu, mais les deux écrivains resteront brouillés.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Seine-Maritime, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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