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Jean-Paul Sartre au Havre

LE HAVRE

Un professeur hors norme, Jean-Paul Sartre
par Dominique Rouet
(extrait)

Jean-Paul Sartre n’est pas un enfant du Havre. C’est presque par hasard qu’il y vient pour un remplacement au lycée de garçons, en 1931. Pourtant, il a laissé l’empreinte de son passage dans le portrait littéraire qu’on peut brosser du Havre et dans la mémoire de ceux qui l’ont eu comme professeur et qui, fortement impressionnés, ont pris soin de perpétuer le souvenir de ces années.

Fils d’un polytechnicien officier de marine et d’une cousine germaine d’Albert Schweitzer, Jean-Paul Sartre a 19 ans lorsqu’en 1924 il intègre l’École normale supérieure. C’est là qu’il lie des amitiés qui structureront sa vie : avec Paul Nizan, par exemple, mais aussi avec Raymond Aron. Pour lors, Sartre échoue à l’agrégation de 1928, mais, l’année suivante, il est reçu major de la promotion, devançant Simone de Beauvoir.

Sartre rêve de partir à l’étranger, mais c’est au Havre qu’il est nommé, à l’âge de 26 ans, pour remplacer provisoirement le professeur de philosophie titulaire, dépressif. Cette perspective peu engageante est bientôt compensée par la proximité, à Rouen, de Simone de Beauvoir, qui est nommée au lycée Jeanne-d’Arc. Durant son séjour havrais, Sartre occupe successivement plusieurs logements, modestes et conformes à sa volonté d’alors de ne rien posséder. Il s’installe d’abord dans une chambre de l’hôtel Printania, 8, rue Charles-Laffitte. Cet hôtel, détruit en 1952, est situé dans ce quartier qu’il « aime tant », comme il lui plaît d’écrire à Simone de Beauvoir en 1931, celui où se construit alors la nouvelle gare ferroviaire. Plus tard, on le retrouve locataire d’une chambre située 12, rue Guillaume-le-Conquérant.

Le jeune agrégé qui vient en mars 1931 enseigner la philosophie au lycée du Havre n’est pas encore le philosophe, l’écrivain, l’homme engagé qui ont marqué le xxe siècle, cependant ces trois aspects du personnage sont déjà en germe. Dès son arrivée, Sartre surprend, voire agace, car il ne correspond aucunement à l’image d’un normalien agrégé, respectueux des conventions de l’enseignement et de l’administration du lycée. Il le prouve publiquement le 12 juillet 1931 lors de la distribution solennelle des prix où il se livre, dans son discours, à une apologie du cinéma et des salles obscures, alors que l’auditoire compassé s’y attend le moins.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Seine-Maritime, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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