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André Stil à Hergnies

D’HERGNIES À DENAIN

« Tout cha, ch’est à mi ! »
Le pays du Nord ou les racines de l’écriture,
par Marie-Thérèse Eychart
(extrait)

Par une sorte de « clin d’œil à la vie » comme il aima à le dire, André Stil naît le 1er avril 1921 à Hergnies dans cette partie du pays du Nord proche de la Belgique, à l’extrémité du bassin minier. Dans ce lieu-limite que constituait cette région frontalière, un reste de vie mi-paysanne perdurait encore au sein de la grande industrie. Façonnée par ces puits anciens abandonnés qui avaient tout à la fois martyrisé la nature et donné naissance à « un coin vert » avec d’immenses étangs, elle forgea chez André Stil une conscience spécifique du Nord. Cette vie en lisière, comme ses origines sociales, lui donna le recul qu’il estimait nécessaire pour écrire avec justesse sur la vie des mineurs et des ouvriers. En effet, s’il appartenait à une famille ouvrière – deux de ses oncles étaient mineurs –, il n’était pas lui-même fils de mineur. Son père, un tailleur dont la pauvreté nécessitait qu’il tînt aussi un estaminet et un petit commerce de mercerie travaillait pourtant au milieu de « ce monde gigantesque » qu’étaient les mines et les usines sidérurgiques. Il eut très tôt le sentiment d’appartenir à un ensemble, une tradition commune : « Dans un village comme le mien, Hergnies, ou dans les villages voisins, Vieux-Condé, dans les villages miniers, à proprement parler que sont Fresnes-sur-Escaut, Escaupont, on ne voyait guère que des ouvriers, des travailleurs, […] les responsables des compagnies minières étaient très loin […]. Une impression parfois d’isolement de cette classe ouvrière, qui n’existe pas ailleurs, pour le bien ou pour le mal. » Ce lien au monde ouvrier donnait à André Stil une connaissance de l’intérieur tout en maintenant cette petite distance, ce léger recul de celui qui n’est pas né au cœur du bassin minier mais à sa bordure et qui donne la lucidité sur l’essentiel. Ainsi, à l’abri du risque d’une représentation sommaire, il pouvait ensuite situer ses romans et nouvelles au cœur du bassin minier, sur l’Escaut qui occupe une part importante de ses paysages romanesques.

André Stil perçoit son pays comme un lieu contrasté de profondeurs, de couleurs et d’espace : « Je suis né dans un monde haut en couleurs, dira-t-il, où se mêlent le rouge des coulées, le noir du charbon, le vert ou le jaune des blés et des seigles, et le grand ciel qui s’en occupe – et tous les reflets des eaux, et toutes les couleurs des fêtes, des manifestations, défilés, processions… En tout cas, c’est un pays haut en couleur humaine. Je dirais presque en couleur intérieure. » Ces impressions contribuèrent à ses débuts littéraires dans le surréalisme.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage :Balade dans le Nord, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2005

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