Gilles de Gouberville au Mesnil-au-Val

LE MESNIL-AU-VAL

Gilles de Gouberville, un gentilhomme aux champs,
par Madeleine Foisil
(extrait)

Gilles Picot, sire de Gouberville, est un petit gentilhomme du Cotentin. Il serait né en 1521 et mort à l’âge de cinquante-sept ans. Aîné d’une famille de sept enfants, il a eu trois frères, mais surtout trois sœurs qu’il évoque souvent en leur donnant leur nom d’épouse : Gillone « ma sœur de La Bigne », Renée « ma sœur de Saint-Nazaire », Tassine « ma sœur des Essarts ». Lui-même ne se maria pas. De ses rencontres amoureuses il aura des enfants bâtards « mes pauvres filles bâtardes » écrira-t-il dans son testament.

De 1549 à 1562, Gilles de Gouberville a tenu son journal. C’est ce document exceptionnel qui fait sa réputation.

Intitulé par son auteur Mises et receptes, il est, selon la définition de ces termes, un livre de comptes qui appartient à la vie domestique : une journée, deux journées ; mais encore un mois, un an, cinq ans, dix ans et plus, où sont portés dans un style monotone, toujours le même, les menus faits du jour, des jours. C’est dire que le journal de Gouberville n’est pas une œuvre littéraire, et son auteur ne se prend pas pour un écrivain appelé à être lu. Dans ce texte on ne trouve pas de dialogues, pas de descriptions, pas de narration. Mais, par ses notes courtes, son style, le passé reste présent de manière immédiate sans distance, et c’est sans prix.

Pour le rendre accessible, pour en montrer l’intérêt, la lecture patiente de plusieurs auteurs a été indispensable : l’Abbé Tollemer, Emmanuel Le Roy Ladurie, Guy Deschamps et aussi les auteurs des savants et remarquables Cahiers Goubervilliens, magnifiquement illustrés, qui paraissent chaque année depuis huit ans.

Gilles de Gouberville est un gentilhomme campagnard, un gentilhomme aux champs. Il est un noble authentique, comme le montrent les preuves de noblesse qu’il a pu donner lors des Recherches de noblesse qui ont été entreprises pour dénoncer les faux nobles. Il ne fait pas la guerre mais il exploite sa terre située dans le nord du Cotentin, au Mesnil-au-Val, entre Cherbourg, Valognes et Barfleur. Il élève des troupeaux de vaches et de moutons, fait les foins, récolte les moissons,  a une pépinière d’arbres fruitiers. Mais aussi, il est lieutenant des Eaux et Forêts. À ce titre, il exerce une charge de surveillance et de gestion : il est un forestier royal. Ces mots évoquent immédiatement les arbres : la surveillance des bois, les abattages, les charrois de troncs sur les chemins, la distribution du bois de chauffage.

Le manoir de Gouberville, situé au Mesnil-au-Val, n’existe plus. Il semble qu’il ait été une demeure assez modeste, ce que l’on peut déduire des allusions très nombreuses que fait Gilles de Gouberville sur celui-ci : la cuisine, la salle de séant, le vis (escalier), les chambres, dont la chambre du maître qui est un lieu de sociabilité. Mais un témoin de ces lieux, qui en affirme le caractère noble, existe toujours, c’est le pigeonnier que l’on peut toujours admirer : haute tour à poivrière, ornée d’une belle fenêtre sculptée. En haut, cette tour est une réserve de pigeons ; en bas, elle sert de chapelle et parfois de lieu de travail quand le temps est trop mauvais.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans la Manche, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2006.

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