Jules Michelet à Nantes et Pornic

NANTES, PORNIC

Le studieux exil nantais de Michelet,
par Luc Douillard
(extrait)

« Je me détachai, je rompis avec toutes mes habitudes ; j’enfermai ma bibliothèque avec une joie amère… J’allai tant que terre me porta, et ne m’arrêtai qu’à Nantes, non loin de la mer, sur une colline qui voit les eaux jaunes de Bretagne aller joindre, dans la Loire, les eaux grises de Vendée. »

Michelet à Nantes. Michelet et Nantes. La rencontre d’une ville et d’un grand homme. Pour l’historien républicain, cette année nantaise (juin 1852-octobre 1853) est celle des grands changements. Opposant au coup d’État de Napoléon III, sanctionné par le nouveau pouvoir impérial, il se rend à Nantes comme pour un exil intérieur. Victor Hugo s’enferme hautement dans les îles Anglo-Normandes ? Pour Michelet, son Jersey, ce sera à Nantes une discrète propriété louée sur le coteau de la Haute-Forêt, dans le vieux quartier de Barbin, tout près de l’actuel boulevard qui porte son nom. Il y a fréquenté la haute société nantaise de gauche : le « bon docteur Guépin », bien entendu, mais aussi la dynastie des Mangin, courageux journalistes républicains, l’écrivain et historien Dugast-Matifeux, Auguste Clemenceau, le père de Georges… Comme à Hugo, il ne lui manque même pas le spiritisme : « Vu chez Guépin les Putnam (tables tournantes) », note-t-il énigmatiquement dans son journal le 13 septembre 1853. Chassé du Collège de France, à court de ressources financières, destitué de son poste aux Archives nationales (imaginons ce que cela peut être d’être privé de sa matière première pour un historien), il est à l’affût de la mémoire vive des témoins de la Révolution, plus brûlante ici qu’ailleurs. Dans ce pays nantais, il a aimé également se baigner à Pornic, où la mer s’humanise à l’abri de Noirmoutier. « Dans un climat intermédiaire, qui n’est ni Nord, ni Midi, ni Bretagne, ni Vendée, j’ai vu, revu avec plaisir l’aimable et sérieux abri de Pornic, ses bons marins, ses jolies filles, charmantes sous leurs bonnets pointus. […] Demi-silence d’un grand charme. Nulle part ailleurs je n’ai trouvé avec une plus grande douceur la liberté de rêverie, la grâce des mers mourantes » (La Mer). Autre circonstance cruciale pour Michelet : il est à cinquante ans l’époux très amoureux d’Athénaïs Mialaret, une admiratrice trente ans plus jeune que lui, laquelle l’accompagne à Nantes avec son chat Pluton.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Loire-Atlantique, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2009

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