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Jean Reboul à Nîmes

Nîmes

 

Jean Reboul, le poète de la « Rafataille »
par Michel Boissard
(extrait)

 

Selon l’abbé Bruyère, son meilleur biographe, « nîmois », « catholique » et « royaliste » sont synonymes lorsqu’on parle de Jean Reboul. Rien d’étonnant à cela : le poète-boulanger n’est-il pas né trois ans et deux jours après l’exécution de Louis XVI, le 23 janvier 1796 ? N’appartient-il pas, son père étant un serrurier originaire du Bas-Vivarais, et sa mère, née Gabrielle Thibaut, de fort modeste extraction, à ce petit peuple urbain du Languedoc et de Provence, perméable aux valeurs de l’Ancien Régime, qu’avec André Chamson on nomme la rafataille ? Son enfance dans la cité des Antonin n’a-t-elle pas été nourrie du récit des persécutions religieuses subies par les « cébets » (les mangeurs d’oignons), ces ouvriers catholiques victimes de leurs patrons protestants acquis à la Révolution lorsque se superposent, dans la « Bagarre de Nîmes » (juin 1790), les clivages politiques et religieux ? Son enfance ne s’est-elle pas écoulée au rythme des courses folles le long du Vistre, escaladant les pentes de la tour Magne, en conflit avec les gamins protestants du cru, émue des sensations fortes que procurent les jeux taurins, émerveillée de la liberté conviviale des repas dominicaux au mazet ?

À cette prégnance du natif s’ajoute l’éducation reçue. Au lieu de le pousser vers le travail manuel, ses parents – éblouis de la vive intelligence de leur progéniture – le font recruter dans la basoche. Il deviendra clerc d’avoué. Sauf que la mort prématurée du père, laissant dans le besoin une veuve et quatre enfants, met un terme à cette tentative de promotion sociale. Jean Reboul doit apprendre le métier de boulanger. Apprenti, puis maître, il s’installe non loin des arènes, rue Carreterie. De ce bref épisode, il a tiré le goût des choses de l’esprit, particulièrement de la lecture. Corneille, Racine et Boileau sont sa pâture, mais aussi Lamennais et Victor Hugo, les Latins et les Grecs. Pour concilier le labeur quotidien et la culture, il se fait fabriquer un lutrin où disposer ses livres pendant qu’il pétrit… Il fréquente un café à la mode du côté de l’Esplanade pour deviser des faits du jour et s’exercer avec les jeunes gens de son âge à rimailler sur le destin du monde.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans le Gard, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2008

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