Patrice de La Tour du Pin au Bignon-Mirabeau

LE BIGNON-MIRABEAU

Sur les pas de Patrice de La Tour du Pin

par Isabelle Renaud-Chamska

 

 

Patrice de La Tour du Pin, cet aristocrate né et mort à Paris en plein XXe siècle, est en réalité un homme de la campagne profonde, un paysan : l’homme d’un pays. Il a choisi d’habiter un coin du Gâtinais, terre de gâtines, terre pauvre et « gâtée », au sens premier du terme, abîmée, mais aussi choyée, comblée par un amoureux passionné. A pied et à vélo, encore dans la nuit ou au petit jour, dans le froid de l’aube, pendant les heures mouillées de l’hiver, le plus souvent seul, flanqué de son chien Cortal, il a sillonné cette terre dans tous les sens : marche lente dans les champs labourés, ou dans les layons  des bois habituellement inondés à proximité des marais, petites levées de terre destinées à canaliser l’eau et souvent plantées, microcosmes où se développent toute une faune et une flore minuscules. Cette nature mystérieuse, toujours présente mais disparaissant dans les brumes et les brouillards, il l’a rencontrée intimement, comme un homme rencontre une femme : « Va dire à ma chère Ile, là-bas, tout là-bas / Près de cet obscur marais de Foulc, dans la lande, / Que je viendrai vers elle ce soir, qu’elle attende / Qu’au lever de la lune elle entendra mon pas. » Toute La Quête de Joie, publiée en 1933, et plus généralement l’ensemble d’Une Somme de poésie, dont l’édition définitive paraîtra de 1981 à 1983 est marquée par cette rencontre entre l’homme d’écriture et la nature. La chasse est une source d’inspiration toujours renouvelée, car elle rejoint la réalité profonde de l’activité poétique : c’est le moment de la marche attentive en quête des traces et des passages des animaux et des oiseaux : canards, grues, aigrettes, perdrix, bécasses et bécassines … regroupés sous le terme générique de « sauvagine » ; c’est le moment de l’affût, de la découverte émerveillée du vivant dans les premiers rayons de l’aube ou dans le crépuscule descendant. Tout jeune, le poète comprend qu’au bord du marais, devant ce miroir d’eau noire où se reflète l’infinie variation des couleurs du ciel, se trouve pour lui le lieu où accorder l’attente et la passée, le fixe et le mouvant, l’eau et les nuages, la terre et l’arbre, le chien et l’oiseau. « Cet obscur et bas pays / Troué de chapelets d’étangs » provoque le questionnement et ensemence les mots de son poème : « Qui marche là, devançant l’aube, en plein marais, / D’un pas égal, pressé peut-être ou apeuré ? »…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en région Centre, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2013.

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