Racan à La Roche-Racan

Racan, le « roi de son village »

par Jean-Jacques Loisel

 

Le 5 février 1589, Honorat de Bueil poussa son premier cri dans le manoir de Champmarin, aux confins de trois belles provinces, Maine, Anjou et Touraine : ce dut pourtant être un cri d’effroi devant ce monde tout de fer, de feu et de sang dans lequel le destin le projetait. Les Guise avaient été assassinés au château de Blois en décembre ; Catherine de Médicis avait rendu l’âme le 5 janvier et avec elle l’ultime espoir de pacification. Toute la région d’entre Loir et Loire était sillonnée de troupes, ou plutôt de bandes de tous bords, avides de s’entr’égorger. À peine âgé de quelques semaines, Honorat fut convoyé, escorté de 150 mousquetaires et d’une nourrice, jusqu’à la Roche-au-Majeur, une maison-forte que son père possédait près du village de Saint-Pater ; il était arrivé chez lui : quelques décennies plus tard, l’austère demeure deviendrait le château de la Roche-Racan et le village s’appelle aujourd’hui Saint-Paterne-Racan.
Honorat ne tarda pas à prendre conscience du renom de sa famille, les Bueil : Il est vray que je suis d’une maison qui a donné à l’Estat un amiral et deux mareschaux de France, que mon père et mon oncle paternel ont esté honorez du cordon bleu ; et chacun sayt combien le sang de Bueil a produit de héros depuis six cents ans que les Alpes l’ont donné à la France. Plusieurs de ses ancêtres s’étaient illustrés pendant la guerre de Cent Ans ; Jean V de Bueil, compagnon de Dunois et de Jeanne d’Arc, y avait même gagné le surnom de « Fléau des Anglais ». La collégiale de Bueil et ses gisants perpétuent le souvenir fort de cette famille disparue…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en région Centre, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2013.

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