Alexis de Tocqueville en son village

TOCQUEVILLE

Tocqueville en son village,
par Jean-Louis Benoît
(extrait)

Alexis de Tocqueville présente cette particularité d’être l’un de nos grands penseurs politiques, plus connu aux États-Unis que dans son propre pays. Lui, l’aristocrate normand, a été au xixe siècle le meilleur analyste de la démocratie américaine qu’il découvre en 1831, cinquante-cinq ans seulement après la déclaration d’indépendance.

Dans la Manche nous le considérons désormais comme l’un des nôtres ; nos compatriotes du Cotentin ignorent cependant le plus souvent qu’il n’est pas né ici et qu’il n’y est pas mort non plus, même s’il repose près de sa femme dans le petit cimetière du village de Tocqueville. Alexis est né le 11 Thermidor an xiii (le 29  juillet 1805), rue Ville-L’Évêque à Paris. Il a passé la première partie de sa jeunesse au château de Verneuil-sur-Seine, et la seconde à Paris, confié aux bons soins d’une mère attentive et d’un vieux précepteur qui l’admire, l’abbé Lesueur. À quinze ans, il rejoint à Metz son père, qui a entamé une carrière préfectorale, pour poursuivre ses études secondaires. Il mourra à Cannes, le 16 avril 1859, emporté par une tuberculose dont les premiers symptômes étaient apparus plusieurs années auparavant.

Alexis n’a découvert le château de Tocqueville qu’en octobre 1828, lors de son premier voyage dans notre département. Il fait part de sa découverte à son ami Gustave de Beaumont, magistrat comme lui au tribunal de Versailles : « J’ai, à une lieue, en vue le port où Guillaume s’est embarqué pour conquérir l’Angleterre, je suis entouré de Normands qu’on voit figurer dans la liste des conquérants. Tout cela, il faut bien vous l’avouer, chatouille de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse et fait naître parfois en moi des mouvements d’un enthousiasme puéril dont je suis honteux après. »

En 1828, la France est en pleine période romantique, Alexis est frappé par la découverte du manoir familial qui n’est plus habité par la famille depuis la veille de la Révolution. Contrairement à ce qu’il pense alors, le château n’est dans la famille – les Clérel de Rampan, auprès de Saint-Lô –  que depuis 1661, à la suite d’un échange réalisé par Marie Jallot, mère de Charles Clérel. Il revient sur les lieux, cinq ans plus tard, en juillet 1833. Cette fois il décrit plus longuement le château à Marie Mottley qui est sa maîtresse depuis cinq ans et qu’il épouse en 1835. Il  n’est pas le seul à épouser une Anglaise, dans ces années-là le fait est fréquent, la femme de Lamartine est anglaise, Mérimée – qui par ailleurs mène une existence bien agitée – vit auprès de Fanny et Emma Lagden, amies de Marie Mottley.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans la Manche, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2006.

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