fbpx

La Cantilène de Sainte Eulalie à Valenciennes

VALENCIENNES

La naissance de la poésie française,
par Marie-Pierre Dion-Turkovics
(extrait)

Le 28 septembre 1837, le poète et érudit allemand August-Heinrich Hoffmann von Fallersleben découvrit, à la fin d’un manuscrit carolingien de la Bibliothèque de Valenciennes, un petit poème de quinze lignes dont il comprit aussitôt l’exceptionnel intérêt historique. Les vingt-neuf vers – quatorze distiques et un envoi final – désignés depuis lors sous le nom de Cantilène de sainte Eulalie sont datés des environs de 880 et encore considérés comme le plus ancien poème connu et conservé en langue française, voire comme le plus ancien texte littéraire rédigé en langue romane.

La Cantilène raconte comment, au cours de la persécution des Chrétiens ordonnée dans tout l’empire romain par Dioclétien en 304, la jeune et très belle Eulalie de Mérida résista et refusa de renier sa foi. C’était aller au-devant du martyre que la petite espagnole, finalement décapitée, subit avec un courage exemplaire. Le miracle de sa montée au ciel sous la forme d’une colombe est emprunté au poète Prudence, lequel rapporte dans l’Hymne III de son Peristephanon – une génération après le martyre – qu’au moment où Eulalie expira, on vit la colombe sortir de sa bouche et s’élever vers le ciel. La Cantilène s’achève sur cette image d’espoir et sur une prière à Eulalie à qui les fidèles demandent d’intercéder en leur faveur auprès du Christ.

Depuis sa découverte, la Cantilène a soulevé de nombreux débats et suscité de multiples controverses tant en matière de dialectologie que de paléographie, de métrique ou  d’hagiographie comparée, sans oublier la sociologie, la philosophie, la théologie ou la musicologie ! À la lecture des trésors d’érudition déployés pour décortiquer le sens du quinzième vers, toujours énigmatique, on se surprend même à penser que les supplices qu’eut à subir Eulalie ne se sont pas terminés avec son martyre… Au moins le charme du texte, dont l’élégante sobriété et l’harmonieuse unité sont unanimement admirées, est-il intact. Le poète manie avec délicatesse les sonorités d’un vocabulaire recherché et montre une sensibilité humaine dont la ferveur émeut encore. L’art avec lequel il oppose la fermeté courageuse d’une enfant emplie d’espérance et l’obstination maligne de ses adversaires païens fait du poème un petit chef-d’œuvre.

[…]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *