Louise de Vilmorin à Verrières-le-Buisson

VERRIÈRES-LE-BUISSON

Louise la magnifique,
par Jean BOTHOREL

Il est des vies que l’on ne peut séparer d’un être ou d’un lieu. Louis Aragon ne va pas sans Elsa Triolet; Madame de Sévigné sans le château de Grignan. Ainsi, le nom de Louise de Vilmorin s’attache à celui de Verrières-le-Buisson, alors un village au sud de Paris.

Au début du siècle, la propriété des Vilmorin était une vitrine pour les botanistes depuis que Parmentier y avait transporté, au lendemain de la révolution de 1789, sa collection de pommes de terre. Le château, ancien relais de chasse du temps de Louis XIV, entouré d’un parc dessiné par Le Nôtre, entra dans la famille en 1815. Mademoiselle de La Vallières l’habita. Pendant des années, bien avant que Louise en fasse son royaume, la maison de Verrières verra défiler, devant des spécimens de plantes les plus rares du monde, ministres, têtes couronnées, savants, écrivains, artistes. De Chateaubriand à Lamartine, d’Anatole France à Théophile Gautier, de Talleyrand à Jules Grévy, d’Auguste Comte à Guizot.

C’est là que naîtra Louise, le 4 avril 1902. Là, dans les odeurs de ferme et de campagne qu’elle apprendra à marcher, à parler, à rêver. Louise, qui va symboliser la délicatesse, l’élégance urbaine, la distinction, qui ignore dans ses romans la natureet les paysages, qui les évoque rarement dans ses poèmes, fut une enfant de la terre.

Elle reviendra toujours à Verrières. Chaque fois que son cœur flanchait, chaque fois qu’elle quittait un amant ou qu’un amant l’abandonnait, chaque fois qu’elle s’abîmait dans la mélancolie. Après la page écrite, le poème composé, après un gala au Ritz, un cocktail au Plaza, arrivait l’heure où Louise si occupée, si entourée, refermait une porte sur sa solitude, la porte de sa chambre de Verrières. Elle méditait, triait ses invitations, se brossait les cheveux, s’attardait à sa toilette du soir, se dévisageait dans un miroir et murmurait : «Alors, c’est tout ?» La journée s’achevait, et demain il lui faudrait recommencer, tenir sa place sans faiblesse sous le regard des autres.

Tous ceux qu’elle aima d’amour ou d’amitié, Jean Cocteau, Francis Poulenc, Gaston Gallimard, Jean Hugo, Louis Jouvet, René Clair, Ali Khan, François Truffaut, Roger Nimier, Orson Wells, etc., et bien sûr André Malraux, furent les hôtes réguliers ou assidus de Verrières. «Une maison pareille, écrivait Cocteau dans son Journal, est faite d’une longue suite de manies des âmes d’une famille. Les objets y vivent et s’y clignent de l’œil. Rien n’est beau. Tout est beau. Tout se ressemble et s’assemble. On dîne à quinze dans la salle de récréation des enfants, sous les combles. Les grands feux dans la cheminée contrastent avec la glacière des escaliers et des salons qu’on traverse vides. »…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Essonne, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 1997 et 2010.

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