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Vercors de Villiers-sur-Morin à Faremoutiers

DE VILLIERS-SUR-MORIN A FAREMOUTIERS

Vercors, l’écriture naîtra du silence
par Yves LEROUX
(extrait)

Vercors, est-ce encore un secret, s’appelait Jean Bruller. Ce pseudonyme, dit-il en 1941, vient « d’un massif altier qui a joué dans ma vie récente un si grand rôle, où j’ai failli prendre le maquis pour préserver ma liberté, un nom plein d’une âpre hauteur : le Vercors. Quel pseudonyme en tête de mon récit1pourrait sonner avec plus de fierté ? » Mais ce n’est pas en qualité d’écrivain qu’il fut d’abord connu, mais de dessinateur et de graveur. Dès 1926 il publiait un album de dessins de caricatures, Vingt et une recettes pratiques de mort violente, précédées d’un Parfait manuel de petit suicidé. L’année suivante paraissait un second album, Hypothèses sur les amateurs de peinture à l’état latent. Les événements ne sont évidemment pas sans influer sur l’évolution de Jean Bruller. De 1932 à 1938, il aborde, en quelque cent soixante estampes, presque toutes les préoccupations de ce temps d’avant-guerre. À l’entrée des Allemands en France, ce sera le silence. Puis, la Résistance et le Silence de la mer.

Vercors habitait Paris et la Seine-et-Marne. D’abord à Villiers-sur-Morin, de 1931 à 1948, où, encouragé par Jean Lescure, il a écrit le texte qu’il portait en lui et qui n’attendait qu’un peu de maturité pour naître, le Silence de la mer. Ce petit livre dense et sobre écrit et publié dans la clandestinité aux éditions de Minuit2 en 1942 connaît en France mais aussi outre-Manche un succès immédiat – De Gaulle l’a fait traduire en anglais, puis éditer en 1943. Maurice Druon, qui préfaça cette édition de Londres, confia que « chacun se demandait quel grand écrivain se cachait sous le pseudonyme de Vercors. Nous ne sûmes que plus tard que Vercors était Jean Bruller, dessinateur et graveur déjà célèbre, mais auteur inconnu. » Avec modestie, Vercors a reconnu qu’il ne s’était pas douté du « fabuleux destin » que son récit allait avoir dans le monde. Ce livre traduit en trente lan-gues, Jean-Pierre Melville le porta à l’écran en 1948.

C’est à Villiers qu’il écrivit aussi la Marche à l’étoile. Vingt-cinq ans plus tard Vercors évoquera dans la Bataille du silence ses souvenirs de 1914 à 1944, et les circonstances qui le conduisirent à écrire, faisant référence aussi à la vie du village pendant l’Occupation. « À Villiers j’avais passé le mois de septembre [1940] à défricher la jungle de mon jardin, et à le retourner de fond en comble pour y planter les pommes de terre. Au moins nous aurions au printemps quelque chose à manger, malgré la disette prévisible. » Employé chez un ami menuisier, Vercors organise sa vie autour de deux activités, la menuiserie et l’écriture. « Je m’obligeais chaque jour à rédiger deux pages pour le moins, en manière d’exercice, afin de garder la cervelle en état. […] Tous les jeudis, je venais à Paris, afin d’y retrouver mon ami Lescure. […] Lescure venait d’entrer dans un réseau de l’Intelligence Service. À son avis c’était l’unique façon, en France, de contribuer encore au seul combat possible. […] Au village, le reste de la semaine, je continuais de mener ma vie bien ordonnée de menuisier de jour et d’écrivain de nuit. »

Vercors habita ensuite avec sa seconde épouse, Rita, un moulin à Saint-Augustin, près de Faremoutiers, où il travaillait dans le calme et la nature. Au moment où nous lui avons rendu visite il mettait la dernière main aux vingt-quatre eaux-fortes de son Hamlet, livre de bibliophile qu’il « porta » des années, avant de le voir publié chez Vialetay, en 1965.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : La Seine-et-Marne des écrivains, (c) Alexandrines, 2015.

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