Paul Drouot à Vouziers

VOUZIERS
Paul Drouot, un Orphée dans l’enfer des tranchées,
par Gérard MARTIN

On ne saura jamais assez combien la Guerre, la Grande Guerre, a fait couler le sang des hommes, et combien les écrivains ont payé leur part dans ce massacre. Mais pour un Guillaume Apollinaire ou un Alain-Fournier, dont on se souvient si naturellement, combien d’autres, tel Paul Drouot, tué sur le front en 1915, ont disparu de nos mémoires, dans un oubli parfois injuste ?

Arrière petit-neveu du général Drouot, « le sage de la Grande Armée », Paul Drouot naît le 22 mai 1886 à Vouziers, dans le sud-est des Ardennes. Son père est mort quelques mois auparavant et la famille est bientôt victime d’un revers de fortune : Achille Cotelle, le père de Mme Drouot, directeur de banque à Vouziers, est trompé par un chargé d’affaires et se retrouve ruiné après un long procès. La famille conserve cependant un immeuble à Vouziers, mais les revenus sont insuffisants pour vivre. Paul avait un frère, de huit ans son aîné, qui est alors confié à la garde de sa famille paternelle et le plus jeune quitte Vouziers pour Paris avec sa mère et son grand-père maternel.

Mme Drouot, musicienne, donne des leçons de piano et de chant pour subsister, pendant que Paul reste sous la surveillance, toute de tendresse et de bonté, de son grand-père. Grâce à lui, il découvre l’amour des livres, de la lecture faite le soir, à haute voix, sous la lampe.

Il perd son grand-père alors qu’il atteint 12 ans et lui consacre son premier récit. Mais l’influence maternelle est tout aussi essentielle pour l’enfant. De nature exceptionnellement émotive et profonde, Paul Drouot restera en effet marqué par sa mère, à qui il voue admiration (« C’était l’époque de ma grande passion pour maman ») et pour laquelle il gardera un constant souci de plaire : « Maman était belle, elle aurait pu se remarier, mener une vie douce et facile. Elle s’est sacrifiée, elle a travaillé pour moi. Cela, je ne puis l’oublier ».

En 1898, il se lie intimement avec quelques camarades d’école, Guy Chassériau notamment. Tous deux parlent littérature et découvrent le théâtre. Pendant plusieurs étés, Chassériau emmène Paul passer des vacances en Auvergne, où ils font des randonnées en bicyclette. C’est là, pendant l’été 1904, que Paul Drouot compose ses premiers vers qui paraissent en 1906 sous le titre La chanson d’Eliacin.

Au cours d’un voyage en Espagne en 1907 avec Guy Chassériau, Drouot conçoit un livre entier de poèmes de huit vers, emplis des souvenirs de son voyage et d’impressions de nature : La Grappe de raisin, publié l’année suivante. À cette époque, il relit Mallarmé, Verlaine, Baudelaire surtout, et entre en relation avec plusieurs écrivains qu’il admire : Maurice Barrès, Henri de Régnier, Elémir Bourges. […]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans les Ardennes, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, 2004.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *