Yann Queffélec à L’Aber-Ildut

L’ABER-ILDUT

Yann Queffélec à L’Aber-Ildut et à Belle Île

par Alain Gabriel-Monot

Né en 1949, Jean-Marie Queffélec – qui deviendra vite Yann – connaît une étrange enfance parisienne, laquelle est davantage celle d’un fils de marin breton que celle d’un grand romancier de la République des lettres française. Son père, Henri Queffélec, est de la race des perpétuels absents, des hommes aux semelles de vent. Ses retours au foyer familial, fortement ritualisés, sont brefs et condamnés à porter déception et amertume.  » Il embrasse ma mère au front. Mon amour. Il embrasse au front ses enfants. Mes enfants. Il est pressé. Il ne reste pas ».

Contre ces tristesses, la Bretagne est pour le petit garçon la meilleure consolatrice. Il y revient tous les étés au terme d’un éprouvant voyage ferroviaire de dix heures entre Montparnasse et Brest.  » Propulsion électrique de Montparnasse au Mans. Charbon du Mans à Brest. Aux arrêts, des types en bleu tapaient sur les roues avec des marteaux. D’autres séparaient les wagons dont les tuyaux pendaient au-dessus des voies comme des veines sectionnées. A Laval, on pique-niquait sur les banquettes ».  La Bretagne des Queffélec est d’abord nichée à l’ Aber-Ildut au fond d’une rivière océanique. Elle est aussi sur la haute mer armoricaine qui court en majesté des îles d’ Ouessant à Batz et jusqu’à Bréhat et la côte du Trégor. Plus tard, elle migrera vers le sud, la côte du Morbihan et les rivages heurtés de Belle-Ile. Une Bretagne toute maritime donc – l’intérieur des terres, les bois, l’ argoat n’y sont point découverte au gré des sorties de port et des navigations à la voile, à la godille, à l’aviron, au pire au moteur. Et ainsi, cette mer du bout du monde façonne, grandes vacances après grandes vacances, vagues après vagues, marées hautes après marées basses, bateaux après bateaux, l’existence du petit marin qui se hâte en sourdine, en souffrance vers l’âge d’homme et vers le temps de l’écriture.

[…]

Extrait de La Bretagne sud des écrivains, Alexandrines, 2014.

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