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Jean Prévost à Yvetot

GODERVILLEN, MONTIVILLIERS, YVETOT

Jean Prévost, le Cauchois du Vercors,
par Jérôme Garcin
(extrait)

Cauchois, Jean Prévost l’a été tout au long de sa courte vie. À cette Normandie âpre et pluvieuse, à ce plateau massif qu’étayent de vertigineuses falaises sans cesse boxées, parfois blessées, jamais vaincues par la Manche, l’auteur de Plaisirs des sports doit sa nature pugilistique, son intelligence physique, son besoin de dissimuler ses émotions sous des airs crânes, et son obstinée détestation des lâches.

Il est d’ailleurs mort en Cauchois. Abattu le 1er août 1944 par les nazis au pied du Vercors, le capitaine Goderville avait choisi pour nom de Résistance celui du bourg, situé à une quinzaine de kilomètres de la mer, où, depuis l’époque napoléonienne, s’étaient succédé quatre générations de Prévost, des cordonniers pour la plupart, tous appliqués à la tâche et musclés par l’effort. (Il se flattait de compter, parmi ses aïeux, un colosse qui avait assommé un taureau, et un autre qui non seulement jonglait avec des poids de vingt kilos mais soulevait aussi, assise dans une chaise, sa sœur, lourde d’un quintal.)

S’il avait survécu à la guerre, c’est d’ailleurs à Yvetot, confiait-il à un carnet intime, qu’il se serait installé. Pour écrire. Pour aimer. Pour respirer le vent salé de la mer. Pour admirer chaque matin que de lourdes mains aient su rendre si féconde une terre argileuse et crayeuse. Pour retrouver ce paradis de jeunesse, ce pays de Caux dont il dit si joliment, dans « Montcharmont », que « c’est de la mouillure et du velours », et dont il demeure, avec le Maupassant de « La ficelle », le plus héroïque, le plus brillant, et le moins discipliné des enfants.

Dans ses nouvelles, Jean Prévost dresse des portraits d’hommes qui lui ressemblent. Taillés à la serpe, ils ont un appétit d’ogre et des « yeux de taureau ». Ils aiment leur métier. Ils sont beaux au travail. On les voit ramer dans la tempête, faucher les blés, couper les avoines, travailler le bois, battre le fer, cercler les roues et tuer le taureau sans jamais flancher. Ils sont insolents, exubérants et d’une antique sagesse qui leur fait transformer l’agressivité en rage et la rage en gaieté. Maladroits avec les femmes, ils ne savent pas les désirer sans les bousculer, ils les prennent en bataillant, comme s’il s’agissait de places fortes.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Seine-Maritime, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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