Guillaume du Bartas à Auch

AUCH

Guillaume du Bartas
Le Gers, promontoire du monde.
par Gilles Banderier
(extrait)

 

On ne sait pas toujours, même en terre gasconne, que l’un des écrivains français les plus lus au cours des années 1580 – 1640, naquit à Monfort, près d’Auch. « Les pilastres et frontispices des boutiques allemandes, polaques [= polonaises], espagnoles, se sont enorgueillis de son nom, joint avec ces divins héros, Platon, Homère, Virgile », écrivait Gabriel de Lerm, un des traducteurs de Du Bartas en latin. Du Bartas fut tourné en allemand, anglais, italien, latin, espagnol et néerlandais. L’année où il mourut prématurément (1590), ses œuvres avaient déjà été éditées soixante-douze fois. Si l’on prolonge l’enquête jusqu’en 1642, on arrive, traductions comprises, au chiffre de deux cent soixante-sept impressions complètes ou partielles. D’après les historiens du livre, le tirage d’un volume oscillait à l’époque entre mille et mille cinq cents exemplaires. L’estimation basse, rapportée au nombre d’éditions, donne le total écrasant de plus de deux cent cinquante mille volumes en l’espace de soixante-dix ans. On connaît peu d’exemples d’une œuvre poétique française à ce point diffusée. Il faut donc se représenter des milliers de volumes de Du Bartas répandus à travers l’Europe entière.

Le paradoxe de Du Bartas n’est pas dans ce succès éclatant, suivi d’un oubli rapide. Bien d’autres écrivains ont connu ce destin. Le paradoxe réside ailleurs : dans le fait que cette célébrité européenne est allée de pair avec un enracinement dans une région (l’actuel département du Gers) et dans une foi (le protestantisme modéré, version XVIe siècle – très loin donc du puritanisme américain) ; enracinement dans un terroir humble et une foi tempérée, à une époque où les horizons géographiques s’étaient élargis et où le rêve humaniste avait succombé au poison du fanatisme, qu’incarnera le double poétique de Du Bartas, Agrippa d’Aubigné, substituant l’Apocalypse à la Genèse, sur fond de vaticinations millénaristes.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mai 2011

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