Henri Barbusse à Aumont-en-Halatte

AUMONT-EN-HALATTE

La solitude fraternelle d’Henri Barbusse
par Jean Relinger
(extrait)

 

 

«J’avais beaucoup, durant les hivers précédents, entendu parler de « Sylvie », mais jamais je n’avais réalisé le charme de cette maison dont les petites pièces ressemblaient toutes à d’harmonieux coffrets tendus d’étoffe.

«A mon arrivée, après avoir ouvert la porte qui cloche, la maison s’était présentée à moi, tout près, avec sa façade grise aux volets et aux portes blancs et verts. (…) Tout autour de la maison s’étendait le jardin avec sa table circulaire en pierre, avec ses deux pelouses où quelques vieux pommiers inscrivaient le dessin de leurs branches tordues, avec sa petite allée dont les arceaux, l’été, se recouvraient de roses, sa clôture de lilas et de seringas et dans un coin un petit bout de forêt, l’orée de la forêt d’Halatte.

«C’est dans ce cadre qu’il avait créé et qu’il aimait que Barbusse travaillait sans arrêt.»

Annette Vidal, qui fut la secrétaire de Barbusse de 1924 à 1935, raconte ainsi sa première visite à la maison de l’écrivain engagé, dont la renommée était immense.

Quand on évoque aujourd’hui le nom de Barbusse, on pense aussitôt au roman Le Feu paru en 1916, qui obtint le prix Goncourt et qui valut à son auteur une notoriété immédiate et durable : c’était le premier livre authentique sur la guerre et le premier à la dénoncer avec cette vigueur. Encore aujourd’hui il frappe le lecteur par sa puissance suggestive, et par la force subversive de sa haine contre la guerre, qui détermina l’engagement célèbre de son auteur dans le communisme.

Malgré son pacifisme, son âge et son état de santé, Barbusse avait décidé de participer activement à cette guerre. En juillet 1914, il est en vacances avec son épouse à la«villa Sylvie» ; le samedi 1er août, à 16h30, il entend le roulement du tambour de Rufin le garde  champêtre en bas de la ruelle, c’est l’ordre de mobilisation générale. Le 3 août, bien que réformé temporaire, il obtient du bureau de recrutement d’être versé dans le service armé. Le 3 septembre, Hélyonne Barbusse quitte Aumont pour Anduze ; le 9, Barbusse est incorporé comme simple soldat au 35e territorial d’infanterie en cantonnement à Albi. Il a 41 ans. Il était persuadé, comme la majeure partie des socialistes d’alors, que cette guerre était nécessaire et qu’elle serait une guerre sociale contre «le militarisme et l’impérialisme». Il fera donc loyalement et courageusement son travail de soldat. Mais ses lettres à sa femme1 montrent l’évolution de ses idées au contact des combats. Peu à peu, il est saisi par le doute devant tant de morts et de souffrances, devant la guerre, «cette chose monstrueuse et surtout stupide», qu’on doit mener aujourd’hui jusqu’à la victoire mais qu’il faut bannir à jamais du futur de l’humanité, par le rassemblement des hommes de bonne volonté et l’entente des peuples. Cela le conduira à écrire Le Feu, déclaration de guerre à la guerre et au nationalisme, message de subversion et d’appel à la lutte sociale.

Ses lettres contiennent aussi de fréquentes et émouvantes évocations d’Aumont, d’autant plus nostalgiques qu’elles s’opposent à la réalité sinistre des tranchées. Barbusse revoit avec précision le cadre de son bonheur passé : ses trois chiens Kamis, Ariel et Lesghine ; la forêt d’Halatte près d’Aumont, «à l’endroit où l’on fut naguère pour cueillir des muguets» ; les violettes, les pâquerettes, la campagne, le printemps, le cerisier en fleur ; la bibliothèque, Hélyonne dans le petit salon, les perfection- nements à apporter à la maison ; les rêves de permissions à Aumont, sa bicyclette…

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Oise, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 1998.

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