Jean Giraudoux à Bellac

BELLAC

Jean Giraudoux : un besoin de racines,
par Jean Colombier
(extrait)

« Ma mère est du Bas-Limousin, mon père du Haut-Limousin, et leur union, bien qu’elle eût été considérée à l’époque par chaque famille comme une alliance quelque peu exotique, ne saurait me conférer une nationalité discutable. »

Nationalité ? Limousin ! On ne saurait reprocher à Giraudoux de renier ses racines…

Jean Giraudoux est né le 29 octobre 1882 à Bellac, date et lieu propices à l’une des activités les plus appréciées des Limousins, la cueillette des champignons, mais c’est une autre histoire. Dès 1883, son père est nommé à Bessines, à trente kilomètres de là, puis dans l’Indre et l’Allier. Après ses études au lycée de Châteauroux, Jean part pour Paris. Lycée Lakanal, service militaire dans l’infanterie à Clermont-Ferrand et Lyon, puis École normale supérieure.

Le temps des voyages va alors commencer, qui ne cessera plus. Bourse d’étudiant à Munich, à Harvard. Entrée au ministère des Affaires étrangères : Europe, États-Unis, Proche-Orient, Amérique centrale, Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, Pacifique, Extrême-Orient.

En 1941, mise à la retraite après la période injustement discutée des trois premières années de guerre. Il décède le 31 janvier 1944, comme s’il avait choisi de disparaître avant de connaître le drame d’Oradour-sur-Glane, ce village qu’une vingtaine de kilomètres séparent de Bellac et où l’Allemagne semble avoir renié toute cette culture, cet humanisme, auxquels Giraudoux avait consacré une bonne part de sa vie.

Il aurait pu aussi se faire trouer la peau lors de la bataille de la Marne, en 1914, ou, dans un registre plus esthétique, en 1915 à Seddül Bahir, dans les Dardanelles. Il aurait reposé dans ce cimetière français si bien entretenu où les lauriers-roses et les pins parasols surplombent les eaux du détroit, près de cette stèle sur laquelle on a gravé les mots de Mustafa Kemal, le général vainqueur : « Ne pleurez plus, mères lointaines, vos fils sont devenus les nôtres. » Mais Giraudoux s’est remis de ses blessures, et il a profité de ses vingt-neuf années supplémentaires pour célébrer le Limousin. Merci les Turcs !

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Limousin, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2009

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *