Bougival Tourguéniev

BOUGIVAL

À Bougival, un russe « presque français » : Ivan Tourguéniev
par Alexandre ZVIGUILSKY
(extrait)

 

 

L’intérêt que porta Ivan Tourguéniev pour la France date de ses années d’enfance. C’est en 1822, à l’âge de 4 ans, que ce jeune aristocrate commence à apprendre le français et l’allemand et qu’il séjourne en France au cours d’un long périple en Europe avec ses parents et ses deux frères. Si Ivan revient dans notre pays à 27 ans, en 1845, c’est qu’il est non seulement attiré par son histoire, sa civilisation, sa littérature (il fera alors la connaissance de George Sand), mais aussi par une jeune cantatrice qu’il a entendue trois saisons de suite à l’Opéra de Saint-Pétersbourg et qui deviendra son idole : Pauline Viardot, née Garcia, soeur de la célèbre Maria Malibran dont la beauté, le chant de rossignol, la mort prématurée auréolée de gloire, étaient encore dans les mémoires.

Faisons un bond de trente ans, et nous retrouvons ensemble l’amoureux transi et la cantatrice qui a perdu sa voix, à Bougival, charmant village que Tourguéniev connaissait depuis longtemps. Il se rendait, en effet, depuis 1861, au «Vert-Bois», une propriété située à la lisière de Rueil et de Bougival, au bas de la côte de la Jonchère, dans le même département de Seine-et-Oise. C’est là que vivait avec sa famille son homonyme Nicolas Tourguéniev, un homme d’État libéral qui avait été condamné à mort par contumace pour avoir préparé à Saint-Pétersbourg le fameux putsch des officiers «décembristes» en 1825. Nicolas avait été, semble-t-il, un des premiers à suggérer dès 1819 au tsar Alexandre Ier l’idée d’une réforme sur l’émancipation des serfs. On sait que son jeune ami Ivan reprit le flambeau et participa à ce généreux mouvement de libération avec un livre qui fit grand bruit, les Mémoires d’un chasseur qui contribuèrent à la réforme de 1861 sur l’abolition du servage en Russie. La terre yvelinoise a donc prêté asile à deux grands esprits réformateurs.

Après la guerre de 1870, Ivan Tourguéniev continue à fréquenter le «Vert-Bois». Puis avec Pauline et son époux Louis Viardot, il loue une maison près de l’église de Bougival, «La Garenne». Tourguéniev aimait son grand parc et s’amusait à la vue du clocher qui paraissait sortir de terre, la maison dominant l’église. Il y reçoit, lors d’une douloureuse crise de goutte, son ami français, Gustave Flaubert. Celui-ci écrit à sa nièce le  28 août 1874 :

« Le pauvre Moscove est de retour depuis deux jours, et plus malade que jamais. J’ai été le voir à Bougival (voyage embêtant à cause de l’omnibus ; il ne se doutera jamais du sacrifice que je lui ai fait) et nous avons passé notre temps à gémir et à nous attrister sur nos maux réciproques. Je n’échangerais pas les miens contre les siens. »

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Yvelines, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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