Jean Boudou au Crespin

CRESPIN

Le Viaur de Jean Boudou
par Rémi Soulié
(extrait)

Lors d’une soirée de septembre 1964, au lycée Paul-Ramadier de Decazeville, le plus grand écrivain occitan du xxe siècle affirma : « Se i aviá de justicia dins lo monde, lo departement d’Avairon se deuriá apelar Viaur… » Et le natif du petit village de Crespin, aux confins de l’Albigeois et du Rouergue, savait de quoi il parlait ; le conteur des Dracs, des trèvas et des fachilièras ne racontait pas d’histoires puisque la voie de l’or (Via Aurea) le faisait parler d’or. Ā l’homme des limites, des bornes et des frontières, elle (la voix, cette fois-ci) intimait l’ordre et le contre-ordre du respect et de la transgression d’où devait naître une œuvre romanesque follement belle et douloureuse.

Issu d’une famille de paysans du Ségala rouergat, Jean Boudou (Joan Bodon, en occitan) entre à l’École normale de Rodez en 1938 et devient instituteur puis instituteur itinérant agricole à Castanet, Saint-André-de-Najac, Durenque, au Mauron de Maleville, à Saint-Laurent d’Olt enfin. Après deux années passées en Silésie dans le cadre du Service du Travail Obligatoire (STO), il épouse Camille Vidal qui lui donnera six enfants. Émerveillé par la lecture du grand poème de l’abbé Bessou, « D’Al brès a la toumbo », encouragé par Henri Mouly, l’« éveilleur occitan du Rouergue », il publie plusieurs poésies dans l’Armanac Roergàs, revue félibréenne, ou la Revue du Rouergue mais il faut attendre 1951 pour que paraisse son premier ouvrage, les Contes del meu oustal ; s’en suivront d’autres grands textes ou chefs-d’œuvre dont La Grava sul camin (1956), La Santa estèla del centenari (1960), Lo libre de Catòia (1966), La Quimèra (1974).

Les Contes del Drac, L’Evangèli de Bertomieu, les Contes de Viaur, L’Òme que èri ieu et Las Domaisèlas ne seront quant à eux publiés qu’après sa mort, survenue brutalement en Algérie, à l’Arbatach, où il occupait un poste de professeur dans un collège agricole au titre de la coopération. Il repose dans son village natal ; sa maison est devenue un musée et un centre culturel occitan.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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