La poésie chante sur un air de Paris. L’air de Paris souffle où il veut, se fait poèmes parisiens qui disent, chantent la ville. L’air de Paris surtout se fait souffle portant la parole de poètes qui prennent ou non la ville comme sujet, surtout s’y épanouissent, s’y révèlent à eux-mêmes. Ainsi sont-ils intensément parisiens, qu’ils y soient nés ou qu’ils y soient venus aimantés par le charme, la vie, l’histoire, l’accueil favorable aux poètes, aux artistes. Certains même y sont morts, ce qui n’était pas la moindre façon de s’attacher à la ville. Le Paris des poètes, c’est leur Paris, comme ils sont les poètes de Paris.
Ariane est là pour nous guider dans la ville avec fantaisie et y rencontrer vingt-trois poètes qui ont toutes les raisons de nous être chers et sans lesquels Paris ne saurait être Paris. Chacun dans un lieu où il est encore vivant. Des fantômes, direz-vous… Peut-être, ou simplement des présences. Parce que les poètes ne meurent pas tant que leur poésie est vive.
J’étais à demi-éveillé en cette humeur de l’entre-deux qui n’appartient ni au rêve ni à la réalité quand Ariane m’apparut, tirant sur la couette et m’invitant, m’ordonnant, de mettre pied à terre. La surprise me privait de toute hésitation et j’obtempérai en me frottant les yeux. « Vite, viens, dit-elle, les poètes t’attendent à chaque coin du labyrinthe qu’est l’ancienne Lutèce. » Je n’hésitai pas à la suivre. J’étais comme sous l’autorité d’un aimant, emporté dans les airs par cet être qui semblait peu contraint par le poids de la matière et qui me dotait d’un même don de légèreté. « Où m’emmènes-tu ? » lui demandai-je. Elle de me répondre que nous nous poserions bientôt sur une des places les plus élégantes de la capitale où commencerait notre parcours en poésie, de poète en poète. Du moins de quelques-uns des plus importants, ayant marqué Paris de leur sceau, chacun situé en un lieu particulier de plus ou moins grand prestige. Un romancier américain avait dit que Paris était une fête et un poète (je ne sais plus lequel) avait joyeusement déclaré que la poésie elle aussi est une fête.



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