MANDRES-LES-ROSES François Coppée

MANDRES-LES-ROSES

François Coppée, le poète des humbles
par Bruno POTIER
(extrait)

 

«Un jour, me promenant en voiture avec ma sœur Annette… je traverse le bourg de Mandres et, sur une porte cochère en mauvais état […] je vis l’affiche blanche des ventes de justice […] six jours après, un coup de marteau d’ivoire m’adjugeait le petit domaine de la Fraizière. » Ainsi François Coppée raconte-t-il l’acquisition de sa maison de campagne en 18911. Dans les Intimités (1868), près d’un quart de siècle plus tôt, le poète chantait déjà – avec des accents qui font songer au Du Bellay des Regrets, au point de faire croire à une involontaire parodie – son aspiration à quitter la capitale :

Comme un pauvre captif vieilli dans sa prison
Se cramponne aux barreaux étroits de sa fenêtre
Pour voir mourir le jour et pour le voir renaître,
Ou comme un exilé, promeneur assidu,
Regarde du coteau le pays défendu
Se dérouler au loin sous l’immensité bleue,
Ainsi je fuis la ville et cherche la banlieue.

Entre ces deux dates, François Coppée s’est hissé au sommet de la gloire littéraire. Ce poète du petit peuple de Paris était né en 1842 dans une famille de condition modeste. Contraint tout jeune de travailler pour gagner sa vie, il n’en trouve pas moins le temps de publier ses vers dans de petites revues. Il a même tôt fait de collaborer au Parnasse où il «consacre un culte nouveau pour le vers bien ciselé». C’est l’occasion de rencontrer Leconte de Lisle, ou encore José-Maria de Heredia qui deviendra son meilleur ami.

Après la parution à compte d’auteur d’un premier recueil, Le Reliquaire, il remporte un triomphe avec Le Passant donné à l’Odéon en 1869. Les talents conjugués d’Agar et de Sarah Bernhardt n’y sont pas étrangers. «François Coppée est arrivé comme on arrive à Paris, du jour au lendemain, transporté de la demi-obscurité à la vogue inouïe», note un critique contemporain un brin jaloux. Ce succès sera suivi de nombreux autres. C’est toutefois le recueil des Humbles qui consacre la popularité de l’écrivain. Peintre des petits tableaux de rue, chantre des idylles de jardins publics et de faubourgs, il exalte ce qu’on a nommé «la mystique française du petit». Nourrices et «pioupious» (mais «pioupesques» chez Rimbaud, qui le parodie régulièrement), enfants sans mère, voyous au coeur grand, ivrognes attendris au spectacle du sommeil de leur rejeton, arrière-boutique d’épicier, tout est matière à clichés sentimentaux.

Le soir, au coin du feu, j’ai pensé bien des fois,
À la mort d’un oiseau, quelque part dans les bois.
Pendant les tristes jours de l’hiver monotone,
Les pauvres nids déserts, les nids qu’on abandonne,
Se balancent au vent sur un ciel gris de fer.

Ce poète, le plus populaire de la fin du XIXe siècle, est élu à l’Académie française en 1884, à l’âge de quarante-deux ans.

«Propriétaire… je suis propriétaire. […] Très sincèrement, je ne me sentais aucun penchant pour la propriété. Voir, c’est avoir, pensais-je, comme les bohémiens. Seulement, depuis quelques années, j’étais forcé, pendant quelques mois, de fuir Paris que j’adore pourtant et dont je suis un des flâneurs les plus passionnés. Pourquoi ? Par raison de santé, pour respirer un peu d’air pur ? Oui, mais encore et surtout parce que je ne sais ni défendre mon temps, ni fermer ma porte, parce que j’étais envahi par le flot toujours grossissant des curieux, des solliciteurs, des consultants armés de manuscrits. On sonnait chez moi aussi souvent que chez le dentiste ; on y entrait comme dans un moulin. Je ne pouvais plus travailler.»

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Val-de-Marne, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2002

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