Marseille Méry

MARSEILLE

Joseph Méry, le plus parisien des Marseillais

par Pierre Echinard*

 

« Combien de fois, depuis mes courses enfantines

J’ai contemplé la mer et ses voiles latines,

L’île de Mirabeau rocailleuse prison,

Les monts bleus, dont le cap s’effile à l’horizon,

Les golfes recueillis, où le flot de Provence

Chante de volupté sous le pin qui s’avance !… »

 

À lire ces quelques vers apaisés issus d’une ode improvisée sur un coin de table, dans la guinguette de bord de mer où il attendait le retour de son ami Alexandre Dumas parti en barque visiter le Château d’If, un jour de 1840, comment imaginer la vie trépidante de Joseph Méry, qui fut au xixe siècle à la fois le plus parisien des Marseillais et le plus marseillais des Parisiens ?

C’est à la lutte politique contre Louis XVIII que Méry consacre ses premiers écrits dans Le Phocéen et Le Caducée, deux éphémères journaux marseillais d’opposition. Devenu parisien, il fustige le régime de Charles X, en compagnie de son ami marseillais Barthélemy, et participe à la naissance littéraire du mythe napoléonien. Après 1830, la monarchie de Juillet et le Second Empire se concilient son adhésion. Désormais, c’est au service du divertissement que Méry déploie ses éblouissantes qualités d’improvisateur, de causeur, de conteur et son insatiable appétit d’écrire. Les salons littéraires et les salles de spectacle font de lui l’un des personnages les plus en vue du Tout-Paris : la presse s’arrache ses chroniques, ses feuilletons, ses critiques théâtrales, les éditeurs ses romans populaires, les théâtres ses pièces et ses livrets.

Les cercles de jeu, qu’il fréquente des nuits entières, le délestent de son argent. Les échecs et les dames le passionnent. Lors de son premier séjour à Paris, dès l’âge de 17 ans, il s’en fait une spécialité. Admirateur de La Bourdonnais, le « Napoléon des échecs », il signe dans Le Palamède un long récit en vers d’une partie d’échecs. Plus tard, les cartes et la roulette l’attireront fréquemment sur les bords du Rhin, à Ems, Bade, Wiesbaden, où vient se ruiner la société frivole du Second Empire…

Extrait de l’ouvrage : Balade en Provence, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2012

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