Maupassant, Bouillet, Flaubert,

Hommage à l’ami Bouilhet
(extrait)

 

 

 

Dédicataire de Madame Bovary, « accoucheur » de Flaubert, Louis Bouilhet restera connu pour avoir été son ami et confident.

Mort en 1869, ce n’est que treize ans plus tard qu’un monument lui est érigé à Rouen. À cette occasion, Maupassant rend hommage au poète.

 

« Tout jeune encore je n’osais demander à Flaubert, dont je n’approchais alors qu’avec un respect craintif, de m’introduire chez Bouilhet. Je résolus d’y aller seul.

Il habitait rue Bihorel, une de ces interminables rues des banlieues provinciales qui vont de la ville à la campagne. […]

Je pénétrai dans le logis, intérieur simple de poète, qui ne recherche point les délicates ornementations, intérieur  d’érudit surtout, car il était un des humanistes les plus remarquables de son époque. […] Ses deux recueils de vers, Festons et Astragales et Dernières Chansons, le classent au premier rang des vrais poètes de notre siècle.

Son grand malheur est d’avoir toujours été pauvre, ou d’être venu trop tard à Paris. Paris est le fumier des artistes ;  ils ne peuvent donner que là, les pieds sur les trottoirs et la tête dans son air capiteux et vif, toute leur complète floraison. Et il ne suffit pas d’y venir ; il faut en être, il faut que ses maisons, ses habitants, ses idées, ses mœurs, ses coutumes intimes, sa gouaillerie, son esprit vous soient familiers de bonne heure. Quelque grand, puissant, génial qu’on soit, on garde, quand on ne sait pas devenir parisien jusqu’aux moelles, quelque chose de provincial. Bouilhet, dont les poésies détachées sont comparables aux plus belles choses des grands poètes, montre dans son théâtre, plein cependant de richesses exceptionnelles, une certaine tendance vers une grandeur un peu convenue dont il se fût peut-être débarrassé s’il avait pu, comme bien d’autres, venir à vingt ans sur les boulevards.

[…]

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