Ramatuelle Anne Philippe

RAMATUELLE

Anne Philipe à La Rouillère
par Pierrette Fleutiaux
(extrait)

 

 

Le Var, c’est pour moi Ramatuelle, et Ramatuelle c’est Anne Philipe.

Elle avait été l’épouse de Gérard Philipe. Mais elle était aussi ethnologue, reporter, grande voyageuse. Elle était surtout une écrivaine magnifique. En sorte que Ramatuelle, pour moi comme pour les centaines de milliers de lecteurs qu’elle a eus, c’est aussi l’écriture, un lieu romanesque privilégié.

Tous les romans d’Anne Philipe ont pour décor, en tout ou partie, la maison de la Rouillère et Ramatuelle. « Je n’écris que sur ce que je connais », disait-elle avec une modestie qui était aussi la marque de son exigence. Elle était dans une intimité physique et spirituelle avec ces lieux. Lire ses romans, c’est s’imprégner de la lumière de leurs paysages, du mistral, des odeurs, des humeurs de la mer et aussi des arbres, des animaux et des gens qui les peuplent. Là naissent les rêves, reviennent les souvenirs heureux ou douloureux, se trament le temps forts des destins. Les paysages de la région de Ramatuelle ponctuent chaque tournant de la vie des personnages, font corps avec leurs émotions, se confondent parfois avec eux.

Anne Philipe a été ma première éditrice à l’époque où elle dirigeait une collection aux éditions Julliard. J’ai passé plusieurs étés à La Rouillère. Nous avions eu du mal à découvrir le chemin qui y menait, tournant, bordé d’épineux. Nous nous attendions à du luxe californien, piscine, marbre et vastes baies, ainsi que nous imaginions la maison qu’avait habitée un acteur mondialement célèbre. C’était une ferme isolée, à un étage, que frôlaient les branches d’un grand platane. Sur les pentes au-dessus, des vignes. Plus bas un vallon qui descendait jusqu’à la fontaine. Des oliviers, des figuiers. Le chant du  rossignol et de la chouette. Parfois une harde de sangliers la nuit, grattant la terre autour de la petite dépendance à côté.

La vie y était très simple, suivait des rythmes qui s’imposaient d’eux-mêmes. Surtout savourer le calme, la beauté des soirs, le ciel piqué d’étoiles, les bruits menus de la nuit.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans le Var, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, février 2010.

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