Antonin Artaud à Rodez

RODEZ

Un célèbre inconnu à Rodez
par Mireille Larrouy
(extrait)

Le 11 février 1943, le Dr Ferdière, médecin-chef de l’asile de Paraire, vient attendre à la gare son dernier patient ; mais à Rodez qui connaît Antonin Artaud ?

Pourtant, sa renommée a dépassé nos frontières puisque ses pas l’ont conduit à Mexico à l’invitation de l’université. Auparavant, de 1920 à 1935, Artaud a « fait l’acteur » au théâtre dans des spectacles d’avant-garde et au cinéma dans une vingtaine de films : il est Marat dans Napoléon d’Abel Gance, frère Jean le confesseur illuminé dans La Passion de Jeanne d’Arc de Carl Dreyer. Il est beau, son regard brûlant et sa voix vibrante marquent les mémoires. Il dessine, il écrit, il publie. Il fut aussi compagnon de route des Surréalistes.

C’est au cours d’un voyage en Irlande que sa vie a basculé… Souffrant depuis l’enfance de troubles nerveux infiniment douloureux, son comportement dérange et, en 1937, il est interné en région parisienne… Mais l’occupation allemande met en danger la vie des « fous », les premiers sur la liste dressée par les nazis des « sous-hommes » à éliminer.

Grâce au poète Robert Desnos qui connaît le Dr Ferdière, Antonin Artaud, cet homme cassé, cet artiste brisé par six ans d’internement va trouver refuge à Rodez en zone libre.

Le docteur Ferdière en personne l’attend à la gare et l’emmène aussitôt déjeuner chez lui. « La situation d’Artaud est fort différente à Rodez de celle qu’il a connue antérieurement, en particulier à Ville-Evrard », affirme Florence de Mèredieu dans sa remarquable biographie publiée chez Fayard en 2006 et intitulée C’était Antonin Artaud. « Sa situation matérielle s’est considérablement améliorée ; il mange à sa faim, dispose désormais d’une chambre, peut sortir dans Rodez et s’est vu accueillir par Ferdière non comme un simple malade ou un aliéné, mais aussi comme un poète ayant droit (en tant que tel) à une reconnaissance ».

[…]
Extrait de l’ouvrage : Balade en Midi-Pyrénées, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2011.

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