Saint-Gratien princesse Mathilde

Saint-Gratien

La princesse Mathilde ou la Châtelaine de Saint-Gratien
par Jean des Cars
(extrait)

 

 

Les plus jeunes ou les nouveaux habitants entendent, parfois, citer son nom. Il est vrai qu’on la rencontre surtout sous la forme d’un immense portrait en pied, dû à Giraud, à l’entrée de la mairie de Saint-Gratien. Le cadre est orné des armes impériales. Ils doivent être peu nombreux les hôtels de ville de la République ayant conservé, avec une délicatesse tangible, l’image d’un personnage essentiel du Second Empire, époque longtemps honnie mais dont la France reste, largement, la débitrice. Dans la salle des mariages, les futurs époux écoutent la lecture de leurs devoirs mutuels sur un canapé dont la tradition rapporte qu’il provient de l’ancien «château de la princesse Mathilde». Ainsi, à sa manière, Son Altesse Impériale tient-elle toujours salon ; c’est un genre où elle excellait. Pendant quarante ans, elle eut le talent de réunir les esprits les plus divers mais toujours brillants ; tous ont laissé un nom dans la littérature, le journalisme, la peinture, la musique et la politique. Si l’un des hôtels parisiens de la princesse, cousine de Napoléon iii, a été détruit après 1950 et si celui qu’elle occupa, après 1871, dans le quartier des Champs-élysées, fut, un temps, affecté à l’ambassade de Belgique, il n’est pas excessif de penser que c’est ici, dans cette commune du Val-d’Oise (jadis la Seine-et-Oise), que l’on retrouve son empreinte. Pourquoi ? Rappelons d’abord, brièvement, qui elle était. Fille du roi Jérôme, dernier frère de Napoléon Ier, elle est née en exil, à Trieste, en 1820. Mathilde Bonaparte, qui n’a cessé de revendiquer son lignage impérial, n’est pas jolie mais elle a mieux à offrir aux regards. Son allure, son intelligence, sa culture, son esprit caustique et sa largeur de vues s’allient à son charme pour séduire. L’interdiction de fouler le territoire français lui pèsera longtemps et, dans sa vie de femme, elle a du mal à trouver le bonheur. à seize ans, en 1836, elle est fiancée à son cousin Louis-Napoléon, futur Napoléon iii. Les conspirations avortées de ce rêveur d’Empire brisent ce projet d’union. Deux hommes traversent son existence intime : à vingt ans, elle est mariée à un richissime prince russe, Anatole Demidoff, mariage rompu au bout de quatre ans. Et, à la restauration impériale, elle commence une longue et officielle liaison avec l’avantageux comte de Nieuwerkerque qui sera promu, grâce à elle, surintendant des Beaux-Arts, fonction comparable à celle du ministre de la Culture.

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