Saint-Maur-Des-Fossés Raymond Radiguet

SAINT-MAUR-DES-FOSSÉS

Raymond Radiguet, de Saint-Maur-des-Fossés
par Chloé RADIGUET
(extrait)

 

Ces bords de Marne, quelle niche,
où se reposer de toute éternité.
R. R.

Souvent dans son oeuvre, Raymond Radiguet a célébré la Marne, prouvant par là son attachement aux lieux de son enfance, de son adolescence. Ainsi, dans Île-de-France, île d’amour, prend-il la peine de donner forme cohérente à des souvenirs et impressions qui, à l’évidence, lui avaient servi pour la rédaction de son premier roman, Le Diable au corps.

Mais «sa» rivière comme sa ville sont présentes aussi dans son oeuvre poétique – écrite pour l’essentiel avant 1920 –, et surtout dans ses premiers recueils. Aussi le «train de plaisir», si souvent cité, évoque-t-il sans doute le fameux «train des théâtres» qui ramenait de Paris, par la gare de la Bastille, les fêtards, noceurs ou simples noctambules dans leur banlieue presque provinciale – que, par référence à Bonnot et sa bande, il qualifie de «criminelle » dans «Écho», l’un des poèmes des Joues en feu… Rivière déguisée en «fleuve sur lequel patine Narcisse», la  arne revient au fil des vers libres de Raymond, parmi lesquels : «Tout se passait au bord de l’eau», «Cette rivière aura-t-elle la force d’aller plus loin ?», «Le trait bleu indique le fleuve»… et mes préférés : «De l’eau qui ne peut en son lit / Obtenir la tranquillité».  Sur les bords de sa chère rivière, donc, dans la petite ville de Saint-Maurdes-Fossés – qui l’a depuis, avec ferveur, honoré –, se construisit l’étonnante personnalité du jeune  rivain, que d’aucuns appelèrent à tort «le miracle de la Marne». Certes, elle lui fut berceau, lit de rêveries et de repos. Seul le mot «miracle» est ici déplacé. Car Raymond Radiguet, devenu célèbre en quelques jours, à moins de vingt ans, avec la publication du Diable au corps, n’est décidément pas une apparition miraculeuse…

Né à Saint-Maur le 18 juin 1903, il est le premier enfant de Maurice et Marie. Sa mère, de dix-huit ans la cadette de son époux, est une descendante des Tascher de La Pagerie – autrement dit, par lointaine alliance, de Rose de Beauharnais, plus connue sous le nom de Joséphine Bonaparte. Son père, caricaturiste déjà réputé, publie ses dessins dans divers supports de la foisonnante presse du début du siècle, dont la célèbre Assiette au beurre mais aussi Le Rire, et pendant les années de guerre Le Rire rouge, etc. Chaque matin, Maurice se plonge dans les journaux puis égratigne l’actualité, papier, encre et crayons en main. Image familière à ses enfants que celle du père penché sur sa table de travail, dans une pièce respectueusement nommée bureau et tapissée de livres…

Raymond a six ans lorsqu’il entre à l’école communale de Saint-Maur, située derrière la place de la Mairie. Il s’y montre brillant élève, excepté – ses carnets scolaires en témoignent – dans les «disciplines artistiques ». Dès que son frère Paul, son cadet de trois ans, est en âge de fréquenter l’école, ils s’y rendent ensemble. De cette époque date le joli épisode relaté, après quelques transformations, dans Le Diable au corps : la lettre d’amour adressée à une certaine Carmen et remise par Paul – mon père, qui toute sa vie resta timide, me raconta cette histoire, riant enfin de son embarras d’alors –, messager porteur d’une autre missive censée être de lui et destinée à Fauvette, petite soeur de la fillette choisie par Raymond. Scandale à l’école et, curieusement, fierté du père… comme de l’enfant.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade en Val-de-Marne, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2002

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