Saint-Paul-de-Vence Beauvoir

Saint-Paul-de-Vence

Simone de Beauvoir : une Parisienne au soleil,

par Suzanne Cervera

En octobre 1931, Simone de Beauvoir, jeune agrégée de philosophie, prend son premier poste de professeur à Marseille. Cette Parisienne, perplexe devant la séparation d’avec son compagnon Jean-Paul Sartre, nommé, lui, au Havre, se demande ce que seront les perspectives promises à sa nouvelle autonomie. Le Midi lui saute au visage : l’éblouissement de la lumière et le contraste de l’ombre noire des ruelles, les couleurs crues, la force des odeurs, la rumeur de la ville et les cris de vie. Débarrassée des formalités du quotidien, elle part à la découverte du pays, mordue par la passion de la randonnée que, d’ailleurs, par la suite, elle ne pratiquera que dans les Alpes-Maritimes.

À la fin de l’année scolaire, Simone apprend avec joie sa nomination à Rouen. Elle vient alors à Nice faire « passer le bachot ». Logée pour un prix modique place Masséna, elle repère avec une curiosité d’ethnologue des types humains catalogués sans tendresse superflue, sur les thèmes du jeu et du farniente, déjà épinglés par des écrivains plus ou moins illustres. Ainsi rencontrons-nous à travers son regard ironique sa logeuse, sortie d’un roman de Jean Lorrain, « une quinquagénaire fardée, couverte de satins et de bijoux, qui passe ses nuits au Casino, prétend s’y faire des revenus par d’habiles martingales », un journaliste local, avide de mettre en pages le petit événement qu’est l’examen des candidats bronzés, décontractés, différents dans leur mine et leur tenue estivale des Parisiens guindés.

Elle s’interrompt de corriger ses copies pour satisfaire son goût pour la découverte, et visite l’arrière-pays, superbe du côté de la Turbie et Monaco. Elle néglige le bord de mer, sauf dans la douceur lumineuse du soir, sur la Promenade des Anglais. Elle veut tout connaître, appréhender le réel sans dialogue, ne cherche pas à pénétrer les secrets des habitants, leur vie profonde ; capture paysage ou soleil à son bénéfice, mais n’en perçoit pas le message. Avant de retrouver son Paris, devant Jean-Paul Sartre appliqué à suivre avec bonne humeur la boulimie touristique de sa compagne, Simone emporte virtuellement partout sa famille de petits camarades, anciens élèves, intellectuels ou comédiens dont les avatars occultent aux yeux des deux philosophes l’embrasement progressif de l’Europe…

 

Extrait de l’ouvrage : Balade à Nice, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, avril 2012

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