Toulon Aragon

TOULON

Aragon au Cap-Brun :
Lettre ouverte de Jean Ristat
(extrait)

 

 

J’ai toujours beaucoup d’ émotion quand j’évoque mes séjours avec Aragon à Toulon. J’ai raconté au long de ma vie ces étés à l’Hôtel-Résidence du Cap Brun : par exemple dans Avec Aragon ou dans L’Humanité sans parler de quelques lettres dans Lord B. J’en oublie sans doute mais la mémoire n’est-elle pas la plus infidèle des compagnes ? Il faudrait également lire les pages de Théâtre/Roman ou de L’Essai Max Ernst, au long desquelles Aragon décrit les jardins de l’hôtel comme une forêt d’images baroques ou surréalistes ou simplement raconte ses jours et ses nuits au milieu des jeunes gens qui l’accompagnaient alors.

Nous partions chaque année, le premier juillet, comme autrefois on allait en villégiature. Le Mistral, un train rapide pour l’époque, nous portait vers les rives de la Méditerranée. Nous avions des bagages à ne savoir qu’en faire : livres, disques, manuscrits… Nous nous installions à 13 heures dans le wagon-restaurant. Les tables ornées de fleurs posées sur une nappe blanche donnaient au voyage un air de fête. Une voiture était réservée au bar – spacieux – où l’on pouvait boire et fumer. C’était un autre temps, n’est-ce pas, qui nous paraît aujourd’hui bien lointain, à nous autres contemporains du tourisme de masse que la vitesse enivre à défaut d’émerveiller. Nous arrivions à Toulon vers 22 heures. Le temps de récupérer nos valises et de sauter dans un « sapin » (mot hérité du xixe siècle qu’Aragon aimait à employer pour désigner un taxi) et nous étions à Toulon, à la Résidence du Cap Brun, sur la corniche du Mourillon.

[…]

 

Extrait de l’ouvrage : Balade dans le Var, sur les pas des écrivains(c) Alexandrines, février 2010.

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