Saint-Just à Blérancourt

BLERANCOURT

Saint-Just au milieu des siens
par Bernard Vinot
(extrait)

Saint-Just est né dans la Nièvre, mais l’essentiel de sa courte vie (1767-1794) est ancré dans le département de l’Aisne. Il arrive en effet à Blérancourt à l’âge de neuf ans et, à peine sorti de ses études secondaires chez les oratoriens de Soissons, c’est au village qu’il mène ses premiers combats politiques. Il s’y fait élire à 25 ans, moins de deux ans avant sa mort. C’est dire si l’influence du milieu peut être considérée comme essentielle sur un destin politique aussi fulgurant.

On peut du reste observer combien cette terre de Picardie orientale, terre de contrastes économiques, s’offre à la contestation révolutionnaire. On trouve en effet –et c’est probablement plus qu’un hasard- associé au nom de Saint-Just, le long d’une route qui va de Blérancourt à Guise, soit une cinquantaine de km, les noms de Desmoulins, de Condorcet et de Babeuf, c’est-à-dire le journalisme moderne d’investigation politique, la réflexion économique libérale à la Tocqueville et une pensée que ses héritiers ont revendiqué comme communiste. On pourrait ajouter que l’Arras de Robespierre n’est pas si loin et, qu’en d’autres temps, la réforme calviniste à Noyon, toute proche, avait prospéré sur dénonciation d’inégalités de fortunes.

Blérancourt était un exemple abouti de structures féodales souvent caricaturalement décrites, sauf qu’ici la caricature était réalité. Le terroir était comme tranché au couteau : en bas les terres à chanvre marécageuses où s’entassaient les pauvres gens, sur le plateau les riches terres limoneuses propriétés de la seigneurie et des établissements religieux. Ajoutons que les intérêts du château étaient confiés à un régisseur odieux, incapable de discerner que les temps changeaient.

Jeune, beau, intelligent, persuasif et séduisant, dégageant un charisme qui lui attirait des amitiés dévouées, Saint-Just n’aurait eu aucune peine, par petit temps, à s’intégrer et à parachever ce qu’avait bien engagé son père : une progression subreptice vers la petite noblesse. Mais par intelligence et par goût, il avait choisi le camp des philosophes qui avaient porté des coups décisifs à l’ancienne conception théologique du pouvoir.

Sans notoriété, sans fortune, sans formation solide en dehors des études secondaires, sans même avoir la majorité civique (25 ans) qui donnait le droit de voter, le jeune homme dut à son talent de séduire les électeurs de base et de s’imposer aux notables pour être élu.

[…]

Extrait de l’ouvrage : Balade dans l’Aisne, sur les pas des écrivains (c) Alexandrines, mars 2007

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